CNRS Éditions via OpenEdition

  • Dans les années I960, les Indiens nahuas d'une région du fleuve Balsas au Mexique, de tout temps réputés pour leur sens du commerce et leurs productions artisanales, réinventèrent la peinture sur amate, papier d'écorces battues qui servait jadis de support pour les manuscrits préhispaniques, ou codex. Le genre suscita des courants graphiques et des écoles villageoises, fort différents selon les communautés. Nourris des oeuvres collectives, certains peintres s'affranchirent avec le temps de l'esthétique communautaire, des attentes du marché touristique et des demandes officielles. D'artisans, ils devinrent artistes et leurs oeuvres sont désormais présentes dans des galeries de la capitale et des États-Unis. Mais en 1990, cette success story est en péril lorsqu'un projet de barrage hydroélectrique menace d'engloutir une partie de leur territoire et de déplacer quelque 40 000 personnes. Contre cette mort annoncée, les habitants se mobilisent en recourant en particulier à leur art de l'image et font annuler le projet - victoire sans précédent au Mexique -, à l'occasion de la célébration de la découverte de l'Amérique en 1992. En choisissant de faire l'anthropologie du peintre indien et de son art, de l'étude des techniques à leur transmission, Aline Hémond s'attache aux histoires de vie des peintres fondateurs qui « inventent la tradition » et de nouveaux rapports sociaux et symboliques intégrés au tissu communautaire. Elle éclaire également la nature des catégories mentales mises en jeu, et montre les dimensions culturelles de l'espace figuratif. Enfin, elle cerne les reformulations identitaires et territoriales auxquelles a donné lieu ce combat contre le projet de barrage, où se sont fabriqués identité et territoire, comme dans l'amate.

  • L'alimentation suscite aujourd'hui de multiples interrogations. Cet ouvrage se propose d'en faire le tour en exposant le plus simplement et le plus complètement possible l'état des connaissances scientifiques. Quels sont les déterminants du comportement alimentaire ? Comment les comportements alimentaires évoluent-ils au cours d'une vie ? Quels en sont les marqueurs culturels ? Les évolutions historiques ? Comment fabrique-t-on, et a-t-on fabriqué au cours de l'histoire, les aliments ? Comment les conserve-t-on ? Comment gérer les ressources ? Quels sont les différents systèmes alimentaires ? Qu'en est-il aujourd'hui des questions de famine ? Quelles relations entretiennent la nutrition et la santé ? Comment gérer les risques alimentaires dans des filières industrialisées ? Quel encadrement juridique pour l'alimentation ? Quels liens entre l'alimentation, l'environnement et l'occupation du territoire ? C'est à toutes ces questions, et à bien d'autres, que répond cet ouvrage, en 127 chapitres. L'alimentation exige la pluridisciplinarité, aussi les auteurs rassemblés viennent-ils de communautés aussi diverses que les sciences humaines et sociales, les sciences biologiques et médicales, les sciences des aliments, et les sciences environnementales. Un panorama complet pour tout comprendre aux enjeux de l'alimentation au xxie siècle.

  • La presse naît en ville. Elle diffuse, contredit ou confirme les « rumeurs » et consacre le « fait divers » comme expression de l'ordinaire urbain. Les radios, les télévisions, le Net amplifient cette exploration de la vie citadine en temps réel, tandis que les jeux vidéo permettent à chacun d'imaginer sa ville et d'en être le maître ! Or, la place accordée aux questions urbaines reste marginale et sélective. L'écrasante majorité des médias ignore la critique architecturale tandis que les revues et sites professionnels hésitent entre dithyrambe et publi-reportage. Pourtant la communication est omniprésente, de la presse municipale à la publicité des promoteurs en passant par la com' des starchitectes ! Cet ouvrage est le premier sur les liens entre politiques urbaines, vie citoyenne et data city. Il rassemble les contributions d'analystes renommés et introduit le lecteur dans la « fabrique communicationnelle » du monde des villes.

  • De Moshé Smilanski à Amos Oz ou David Grossman de la diaspora aux années 1980, comment les écrivains israéliens ont-ils perçu l'Arabe palestinien, entre personnage réel et personnage de fiction ? Comment est-il décrit ou désigné ? De quelle manière s'exprime-t-il ? Comment s'insère-t-il dans la narration ? Certaines scènes, telle la rencontre, paraissent typiques de ce voisinage à la fois familier et inquiétant. Ce personnage a-t-il connu une certaine évolution ? Avant 1948, le personnage du bédouin, noble et puissant, adapté à un environnement difficile à saisir par le pionnier juif d'origine européenne, fait figure de modèle. Cette image positive, inspirée du bon sauvage, fait place, après la création de l'État d'Israël, à un traitement contrasté. C'est dans les années 1970 que le personnage prend plus de relief et s'individualise peu à peu. Les années 1980 représentent un véritable tournant : des auteurs tentent de reproduire une réalité arabe dans laquelle le personnage juif occupe une place périphérique. Cette évolution témoigne d'un renversement de points de vue lié aux événements historiques, et contribue peut-être, comme en témoigne la réédition de nouvelles rédigées dans les années 1950 et ne s'inscrivant pas dans une perspective sioniste, à une réévaluation de la littérature israélienne.

  • Villes-lumières, capitales du monde, Paris et New York ont accueilli, de la fin du XIXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale, des centaines de milliers d'Italiens venus se faire les forçats de l'industrialisation triomphante. Aux marges des métropoles, les quartiers ouvriers de La Villette et d'East Harlem ont vu s'épanouir puis se dissoudre des territoires italiens, au gré de l'odyssée de cet « Ulysse collectif » que fut l'Italie à l'ère industrielle. De cette vague migratoire sans précédent sont nées des images multiples, du musicien des rues au maçon inégalable, de la couturière à domicile au journaliste antifasciste. Au-delà de ces figures, l'appropriation de l'espace local, les inerties et les innovations affectant les structures familiales et le monde du travail, les modes de sociabilité ou encore les combats politiques constituent autant de prismes d'observation des migrants dans leurs espaces d'accueil. L'opposition, devenue classique, entre le « modèle » d'intégration français universaliste et le « modèle » américain aux rapports sociaux nécessairement ethnicisés, est ici réinterrogée : la comparaison met en lumière les dissemblances fondamentales en termes de contexte migratoire, de rythmes d'urbanisation et d'évolution du marché du travail, mais également les nombreuses analogies dans les processus d'insertion et d'acculturation à l'oeuvre à Paris et à New York. Puisant dans les archives françaises, italiennes et américaines, ce livre nous donne à voir l'histoire du corps à corps entre les hommes et les lieux qu'ils ont investis. Dans une époque marquée au fer du nomadisme international, l'histoire de cette migration, désormais close, est un outil précieux pour comprendre l'un des phénomènes clés du monde contemporain.

  • La bande dessinée est une représentation du monde qui donne à voir notre monde de représentation. C'est un art reconnu par le public et les mondes de la culture. C'est aussi un plaisir né du jeu entre la vision de l'auteur et celle du lecteur. C'est, enfin, un média méconnu : un dispositif sensible créateur de sens et de lien social. Dans cette optique, les textes réunis dans cet Essentiel montrent comment la BD rend compte des interactions politiques et économiques quotidiennes et la façon dont elle prend place dans nos imaginaires. Une invitation à plonger avec délice dans la chair du monde, au rythme des illustrations de Stéphane Heuet.

  • Le primat de l'« ici et maintenant » dans la culture japonaise souligné par Katô Shûichi et l'engagement de ce grand intellectuel disparu en 2008 sont ici discutés par Augustin Berque, Julie Brock, Pierre Caye, Maurice Godelier, Edgar Morin, Hidetaka Ishida, Emiko Ohnuki-Tierney, Cécile Sakai, Hitoshi Sakurai, Moriaki Watanabe. Philosophie, anthropologie, littérature, cinéma, sont réunis pour questionner ce qui fut une des interrogations majeures de Katô Shûichi tout au long de sa vie de penseur engagé : comment penser la diversité des cultures ? Rien d'attendu dans les réponses proposées par les auteurs, qu'une table ronde avait rassemblés. L'échange avec le public, qui clôt l'ouvrage, est d'ailleurs à l'image de la liberté, de ton aussi bien que d'esprit, sous laquelle s'étaient placés les différents exposés. Le Japon en ressort notamment plus proche, moins exotique, mais aussi confronté à des défis communs aux sociétés modernes. La comparaison, enfin, entre des pays et des époques différents, et que Katô Shûichi affectionnait tout particulièrement, démontre une nouvelle fois de l'intérêt du dialogue interculturel.

  • Georges Friedmann est une figure à redécouvrir. À l´occasion du centenaire de sa naissance, le présent ouvrage retrace la trajectoire de l´homme avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Écrivain, voyageur, résistant, étranger à la tradition durkheimienne, marxiste plus spinoziste qu´hégélien, Friedmann a su faire partager ses curiosités et ses inquiétudes pour relancer la sociologie après la guerre. Dès la fin des années 40, tournant le dos à la Sorbonne, s´appuyant sur des institutions comme le CNRS et le Conservatoire National des Arts et Métiers, il met le pied à l´étrier à une nouvelle génération qui s´emploie à développer la sociologie hors de la clôture académique. À l´articulation de l´histoire intellectuelle et de l´histoire de la sociologie, ce livre est bâti en trois parties : histoire, oeoeuvres, témoignages. Il fait dialoguer ceux qui furent ses proches dans la refondation de la sociologie et les membres d´une nouvelle génération qui, n´ayant pas connu directement Georges Friedmann, se sentent plus libres pour réinterroger l´oeoeuvre.

  • C´est à l´histoire de l´avènement du son au cinéma que nous convie Giusy Pisano. Aux confins des sciences et des techniques, les inventeurs les plus curieux croisent ici les chercheurs les plus à la pointe de leur nouvelle discipline, quelquefois au plus

  • L'idée qu'on se fait généralement de Quito, capitale de l'Équateur se réfère à une ville hispano-américaine de haute montagne, dont le patrimoine urbain est exceptionnel : rien de plus. Or ce patrimoine est aussi le centre d'une métropole actuelle. Sa bourgeoisie l'a délaissé pour les nouveaux quartiers qui se sont construits au nord de la ville moderne. Seules, désormais, les petites gens y ont leur demeure. Ils en sont par nécessité les nouveaux conquérants. La lecture et l'analyse de la cité ancienne présentée ici mettent en évidence la force de cette transformation et la manière dont ces nouveaux occupants y vivent et s'en approprient l'usage. Le Quito hispanique fondé en 1534 n'est vraiment entré dans la modernité qu'au début du XXe siècle. Son ouverture au reste du monde se concrétisa fortement à partir de 1908 avec l'arrivée du chemin de fer. Le Centre Historique actuel, constitué de la ville des années 1900, a changé de résidants, d'usagers et de chalands. Cet ouvrage se propose de le considérer précisément, afin de déterminer s'il s'agit d'un ensemble de quartiers obsolètes, condamnés à échéance prévisible à changer de fonction, voire à être mis entre parenthèses comme une enclave historique définitivement muséifiée ; ou bien s'il constitue un élément significatif de la réalité quiténienne contemporaine. Cette question préoccupe les responsables de la gestion spatiale et sociale de la capitale équatorienne, surtout depuis que cette portion de la ville a été inscrite à l'inventaire du patrimoine mondial, sous l'égide de l'Unesco, en 1978. Karine Peyronnie et René de Maximy, qui ont longuement séjourné à Quito, ont observé les populations dans leurs travaux et leurs jours, rencontré les gestionnaires, arpenté inlassablement les rues, les ruelles et les places, interrogé des centaines de citadins.

  • La Francophonie est une réalité injustement méconnue, car elle est une chance et un amortisseur de la violence mondiale. Une chance pour la France de combattre la lepénisation des esprits ; pour le Sud de faire entendre sa voix dans la mondialisation ; pour notre planète d'assurer la paix entre les civilisations en préservant la diversité culturelle. Une chance pour créer des solidarités Nord/Sud, Est/Ouest. Un ouvrage qui allie rigueur scientifique et simplicité du style pour permettre à chacun de sortir des idées reçues. La Francophonie n'est pas un reste du passé, mais un défi pour l'avenir et la cohabitation culturelle.

  • Engagé dans un mouvement vertigineux, notre xxie siècle brouille les repères. En intégrant du non-vivant au vivant et du vivant au non-vivant, les nouvelles techniques bouleversent les frontières de l'anthropologie. Les conceptions que l'« humain pensant » a de lui-même, de son schéma corporel comme de son identité, en sont renversées. Ce quatrième tome de la série L'Homme-trace prend donc le « corps », le corps-trace plus précisément, comme objet d'études. Il s'agit pour les chercheurs réunis ici d'examiner les processus traçuels à l'oeuvre en reprenant et questionnant la thèse, développée par Béatrice Galinon- Mélénec, d'une interaction étroite et rétroactive entre le corps et un système écologique multifactoriel marquée par l'histoire de l'Évolution. Le corps ainsi considéré s'inscrit dans une dynamique systémique liant un corps-interprété et un corps-interprétant au sein d'un complexe où des corps en co-présence sont animés par des interactions permanentes : à l'intérieur du corps, du dedans au dehors et du dehors au dedans. Avec cette nouvelle approche, toute la relation soignant-soigné, par exemple, prend une nouvelle dimension. La série L'Homme-trace montre comment la trace peut servir de paradigme interprétatif au sein de différentes disciplines et combien cette approche impose une déconstruction des processus à l'oeuvre dans l'interprétation humaine de la notion de trace.

  • Il y a deux siècles, les naturalistes s'emparèrent de la question de l'origine de l'homme, à laquelle seuls les mythes fournissaient jusqu'alors des réponses. Mais la science, après avoir rejeté les traditionnels récits mythiques, a-t-elle véritablement réussi à se libérer de leur influence ? A travers une analyse des principales conceptions de l'anthropogenèse proposées entre le début du xixe siècle et nos jours, Wiktor Stoczkowski montre que les travaux scientifiques, au même titre que les manuels scolaires ou les ouvrages de vulgarisation, perpétuent encore aujourd'hui la trame de croyances séculaires. Si la science rejoint souvent la pensée commune dans ses conclusions, c'est parce que l'une comme l'autre restent tributaires d'un ancien imaginaire où se reflète toute une anthropologie naïve : notre manière simpliste d'expliquer l'évolution biologique de l'Homme, les mécanismes de la Culture et les transformations de la société humaine au fil de l'histoire.

  • « Patrimoine de la Méditerranée » : une collection qui se propose de retrouver l´esprit des lieux, de les faire revivre à travers leur histoire, de susciter l´imagination du passé. Chaque ouvrage, s´appuyant sur les acquis les plus récents de la recherche, s´organise autour d´un thème privilégié. Dans l´Antiquité, Délos eut un double privilège: « terre natale » d´Apollon, ce fut un des grands sanctuaires de la Grèce; simple bourgade à ses débuts, elle devint à l´époque hellénistique un emporiuni mundi, une plaque tournante du commerce égéen, où s´établit une population nombreuse et cosmopolite. Aussi, aux veux des Modernes, son rôle documentaire est-il éminent, d´autant plus qu´un abandon précoce a favorisé la conservation des ruines et facilité la fouille, nous valant une rare variété de matériel archéologique auquel s´ajoute un corpus épigraphique d´une ampleur exceptionnelle. Par la diversité de ses sanctuaires, peu s´en faut que Délos nous offre comme un abrégé de toute l´histoire religieuse de la Grèce et, en particulier, de l´adoption des divinités étrangères. Grâce à l´exhumation de vastes quartiers, elle est la seule ville grecque à permettre une étude détaillée des maisons et de l´équipement domestique. Enfin, ses paysages figés par le dépeuplement depuis de nombreux siècles sont une source d´information de premier ordre pour l´agriculture et l´aménagement du territoire rural. En bref, il est peu de sites où l´on soit si bien armé pour considérer la vie antique. La Grèce confia l´exploration archéologique de ce site exemplaire à l´École française d´Athènes, qui fête en 1996 le cent cinquantième anniversaire de sa fondation. C´est à l´occasion de cette célébration que paraît ce livre nourri des acquis de la recherche la plus récente, oeuvre collective des « Déliens », archéologues, historiens et architectes travaillant sur l´île : Fr. Alabe. A. Bélis, M.-Fr. Boussac, Y. liresch, Ph. Bruneau, M. Brunei. J. Ducat, H. Duchêne, ./.-). Empereur, R. Etienne. A. Farnoux, Ph. Froisse, M.-Ch. Hellmann, A. Hermary, Ph. Jockey, M.-Th. Le Dinahet, Ch. Ee Roy, Ed. Eévy, Ch. Eliiias, ./. M arcade, J.-Ch. Moretti, M.-l). Nenna, A. Peignard, Fr. Queyrel, G. Siebert, Cl. Mal. Er. Will

  • Chaque année, lors de la Fête du mouton (cAyd al-kabîr ou Grande Fête), les familles musulmanes commémorent le sacrifice d'Ibrahîm/Abraham en immolant l´animal du rachat avant d'en partager et consommer la chair. Une longue enquête ethnologique en fiance, en Belgique, en Grande- Bretagne el dans des pays musulmans méditerranéens (Algérie. Maroc. Turquie) a permis de décrire, pour la première fois dans un cadre urbain, toutes les étapes de ce rituel familial et d en souligner les enjeux religieux, culturels, sociaux, économiques, juridiques et politiques. Cet ouvrage s adresse aux lecteurs désireux de comprendre les fondements d une tradition millénaire confrontée à la modernité : il apporte aussi des données précieuses aux praticiens et administrateurs chargés de la gestion des rapports intercommunautaires dans les sociétés occidentales où I islam se trouve transplante et minoritaire.

  • Islam et intégration sont fréquemment considérés en France, voire en Europe, comme antinomiques. Aux États- Unis, les musulmans du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh) offrent pourtant l'exemple d'une population qui semble avoir bien réussi

  • On constate aujourd'hui dans les sociétés musulmanes un regain de la pratique du ramadan. Ce regain peut être interprété comme un signe de réislamisation, mais il ne s'agit pas d'un simple retour à une tradition. A travers la permanence du rite, c'est l'évolution de ses formes, le changement de ses modalités, le renouvellement de ses discours, l'exégèse de la foi qui sont à l'oeuvre. Ce qui frappe à la lecture des chapitres de cet ouvrage, c'est l'extrême adaptabilité d'une pratique religieuse qui est tout sauf figée et uniforme. Le ramadan est présenté dans cet ouvrage comme un rituel de changement social, d'innovation culturelle, de politique publique, voire de mobilisation politique. Il est également un temps de négociation entre sphères publique et privée dans le contexte de la globalisation. On peut en voir l'illustration à travers l'utilisation électorale du « mois béni » en Iran ou en Turquie, sa mise à profit par le Parti de l'action démocratique en Bosnie, ou sa manipulation par les tueurs de diverses obédiences en Algérie. Sans oublier les disputes lunaires auxquelles il donne lieu entre les différentes autorités, ni sa visibilité croissante dans les sociétés ouest-européennes. Cette flexibilité du rite s'accompagne de sa polysémie : il est un moment fort d'investissement religieux, politique et économique qui permet la distinction sociale et l'individuation du croyant. Si l'on ajoute que le ramadan est en même temps une fête carnavalesque qui introduit et canalise le désordre et la transgression, on admettra, avec les auteurs de cet ouvrage, qu'on ne peut le considérer simplement comme une norme contraignante. Sous ses auspices, la relation de l'Homme au Dieu créateur va de pair avec la création du monde par l'Homme.

  • Dans un village indien des montagnes du Chiapas, au sud-est du Mexique, se déroule, sous couvert d'un "Carnaval", un flamboyant bras de fer entre les hommes et les dieux : de la guerre à la familiarisation, de la séduction à l'agressivité, ce rituel déploie toute la gamme des émotions sociales dans un immense échange de biens et de promesses. Acteurs, forces, espaces et temps s'animent pour re-générer la Tradition, pour arracher de haute lutte aux forces ambivalentes l'assurance d'un avenir et pour "maintenir" la vie des corps et du monde ; pour que dans l'image troublée des destins humains se dessine la volonté des Mayas de vivre, jus­qu'à l'épuisement, contre les projets obscurs des entités surnaturelles en dépit de la pauvreté, de la souffrance et des sacrifices. La "guerre rouge", figure emblématique de cette lutte, condense jusqu'à l'incandescence les débris de l'Histoire - préhispanique, coloniale et moderne -, la mémoire et l'oubli, les gestes et les paroles, avec, pour héros, des hommes enceints et des femmes qui frayent avec des singes. L'expédition en forêt, l'attaque simulée du village, le banquet des animaux et des instruments de musique, la danse des princesses et des sauvages sont autant d'épisodes singuliers ici longuement décrits pour la première fois. Les conclusions s'attachent à placer ce rituel dans le temps long, fai­sant éclater la supposée unité interprétative d'une communauté sur son propre rituel, et dévoilent dans l'intrication des croyances une véritable politique du sacré.

  • En Chine du Sud, les provinces du Yunnan, du Guangxi et du Guangdong sont depuis toujours entachées d'une mauvaise réputation sanitaire. À la fin du XIXe siècle, l'arrivée de médecins occidentaux, pasteuriens convaincus, va modifier notre connaissance de la santé en Chine. Ces praticiens, munis de microscopes et capables d'utiliser dans leur diagnostic une sémiologie nouvelle, identifient quelques pathologies et de grandes épidémies. Mais en essayant de traiter ou d'hospitaliser la population locale, ils modifient également les pratiques de santé. Au contact de ces médecins, qui restent dépourvus d'autorité officielle à l'égard de la population chinoise, le gouvernement des Qing met sur pied une police sanitaire, première autorité publique moderne à se voir confiée la santé de la nation chinoise. Là où les médecins occidentaux s'activent à soigner et à former la population, des notables et des riches marchands chinois établissent des structures charitables concurrentes qui diffusent notions et techniques occidentales de santé. Parallèlement, pour lutter contre l'influence étrangère, les médecins traditionnels s'efforcent d'unifier leurs savoirs et de s'organiser dans le cadre d'une véritable profession. Sous la triple impulsion des médecins occidentaux, de l'Etat et des élites locales, les pratiques individuelles de santé évoluent. Vers la fin des années 1920, et dans les villes ouvertes à l'étranger, si la médecine traditionnelle, la religion et la magie persistent, le recours à la médecine occidentale s'est élargi à toutes les classes de la population pour des pathologies de plus en plus variées. Grâce à l'exploitation systématique des archives sanitaires coloniales françaises, combinée à celle des « chroniques locales » chinoises rédigées aux XIXe et XXe siècles, l'auteur montre comment la multiplicité des références et des pratiques médicales a favorisé l'adoption de modèles thérapeutiques étrangers.

  • Cet ouvrage d'économie politique sur des communautés indiennes et rurales du Mexique répond à des questions que la récente actualité, telle la rébellion zapatiste du Chiapas, pose à propos des Indiens. En quoi consiste leur organisation sociale ? Comment évolue-t-elle avec la transformation du système politique mexicain ? Qu'en est-il du rapport entre le territoire et le pouvoir politique ? S'appuyant sur une recherche conduite durant plus de trente ans dans l'État du Guerrerro, l'auteur rejette la vision romantique selon laquelle l'organisation sociale des Indiens se caractériserait par l'égalitarisme, l'harmonie et le refus du monde extérieur, et explique comment les villages indiens accueillent les bouleversements politiques à partir des préoccupations et des conflits qui leur sont propres. Le cadre politico-administratif offert par l'État national, qui instaure un principe d'inégalité entre les groupes locaux, conduit ces derniers à rivaliser sans fin sur les plans municipal, agraire, scolaire et, plus récemment, électoral. Les Indiens mettent alors en oeuvre des tactiques directement géopolitiques car, en faisant de la politique, ils cherchent à redécouper l'espace, à réaménager les divisions territoriales. En recourant aux méthodes de l'anthropologie sociale, l'auteur montre en quoi les logiques locales fournissent des éléments d'explication aux problèmes politiques de notre temps.

  • Comment le concept de confiance est-il décliné dans les relations sociales ? dans les relations universités/entreprises ? dans les relations à l'autre ? Cet ouvrage éprouve le rôle, l'utilité et le fonctionnement de la confiance dans des situations de crise. Quelle confiance s'établit entre des magistrats et des délinquants ? Comment la confiance se construit-elle entre les pompes funèbres et leurs clients ? Pourquoi les populations sédentaires feraient-elles confiance aux nomades ? Quelles sont les béquilles de la confiance dans les échanges économiques ? Pourquoi le consommateur fait-il confiance à son boucher, son pâtissier ou son guide vinicole ? Confiance, jamais ce mot n'a été autant prononcé ou écrit qu'à l'heure actuelle dans des domaines aussi divers que l'économie, la politique, le développement ou les relations internationales. Le livre explore la construction de ce concept dans les sciences sociales et analyse comment la confiance est éprouvée quand deux mondes se rencontrent.

  • Quelles chances de prendre le pouvoir avait les petit Parti communiste yougoslave, au moment du déclenchement des hostilités par l'Axe le 6 avril 1941, contre le royaume de Yougoslavie ? Antoine Sidoti se propose de faire la lumière sur la rivalité sanglante entre les deux mouvements de résistance armée dans la Yougoslavie de 1941-1945 : le mouvement des partisans (communistes et non-communistes conduits par Tito), et les tchetniks (monarchistes commandés par Mihailovic). Après sa prise de pouvoir, Tito fera fusiller son rival, le 17 juillet 1946. La documentation militaire, politique et diplomatique italienne des années de guerre, proposée par l'auteur, donne une dimension nouvelle à l'essor du mouvement des partisans, favorisé en cela par la politique ustasa de « croatisation » de l'État indépendant de Croatie, institué le 10 avril 1941. Par ailleurs, pour la première fois en France, le corpus idéologique de base des deux mouvements de libération yougoslave est présenté de manière aussi développée. L'expression du pouvoir prend parfois des formes imprévues ou sous-estimées par les études traditionnelles : en l'occurrence, Antoine Sidoti présente un certain nombre de documents et analyse l'iconographie de figurines postales émises tantôt par l'autorité yougoslave en exil, tantôt par Mihailovic sur le sol même de la Yougoslavie ; il révèle également la tentative effectuée par le mouvement des partisans d'émettre sa propre figurine révolutionnaire, restée inachevée. Par les textes et par l'image, l'auteur nous introduit dans les mécanismes de la naissance et de l'institutionnalisation du mythe de la « guerre de libération nationale » du mouvement des partisans et du « triple héros national » Tito, processus global que l'auteur appelle mythogenèse. Sa démarche est inédite.

  • Créée en mai 1590 dans l'urgence d'une épidémie de peste naissante, l'infirmerie de peste des Fédons ne fut utilisée que durant trois à quatre mois puis disparut ensuite rapidement du paysage et de la mémoire des habitants de la bourgade provençale de Lambesc. C'est à l'occasion des travaux du TGV Méditerranée entrepris en 1996 qu'une opération de sauvetage archéologique, conduite par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), permit la découverte du cimetière associé à cette infirmerie. La fouille exhaustive de l'espace funéraire a fourni de nombreux témoignages matériels autour desquels les compétences les plus diverses ont été déployées pour retracer l'histoire de cette infirmerie et son fonctionnement mais aussi pour caractériser ses patients. Il apparaît ainsi que, lieu de quarantaine autant que lieu de soin, l'infirmerie de peste était régie par des pratiques et des objectifs sanitaires bien éloignés des tableaux catastrophistes souvent dressés dans la littérature et l'art figuré. L'analyse de cet échantillon ostéologique de 133 individus, unique en son genre, a offert l'opportunité d'appréhender les comportements funéraires, l'organisation et la gestion des morts dans ce contexte culturel très particulier. La mise en oeuvre de la plupart des outils de l'anthropologie (démographie, paléopathologie, etc.) a également permis de préciser le recrutement de l'infirmerie - toute la population infestée n'y trouvait pas place - et la ponction démographique opérée par l'épidémie - les populations et les autorités réagissaient différemment selon l'espacement et l'intensité des crises. L'échantillon osseux a également été mis à profit pour des investigations originales dans le domaine de la biologie moléculaire, en vue de l'identification du bacille de la peste ou de la détermination de la saison de la mort à partir du cément dentaire.

  • Comme l´indoeuropéen et l´austronésien, le domaine bantu est un exemple réussi d´application de la méthode comparative. On est en effet parvenu à restituer le berceau originel de la famille des langues bantu, à reconstruire la proto-langue ou à esquisser

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