Cecile Defaut

  • « De l'art, nous avons à prendre de la graine. » disait Jacques Lacan. C'est ainsi qu'un partenariat s'est tissé entre le programmateur d'une salle de cinéma et quelques psychanalystes, et qu'une expérience s'est déposée, connectant deux champs du savoir et de la culture - cinéma et psychanalyse - qui eurent la bonne idée de venir au monde en même temps comme pour mieux se serrer les coudes face à notre dure modernité.
    Regarder cette expérience comme dans un rétroviseur nous a conduits à nous entretenir avec des réalisateurs de talent ; à les entendre parler de leurs films et, à notre tour, à en proposer une lecture ; à y faire résonner l'existence de l'inconscient et ses conséquences ; à dégager l'impact des mots, ceux de la littérature et ceux de l'écriture, dans leurs univers cinématographiques.
    Si, au même titre que les écrivains pour Freud, les réalisateurs de cinéma peuvent être « de précieux alliés » du psychanalyste, alors avec Benoît Jacquot, Pascal Bonitzer, sophie Fillières et mathieu Amalric - nous avions de quoi faire pour articuler la singularité de leur geste artistique et la psychanalyse que ce soit au niveau de l'écriture, de la réalisation, du montage ou du jeu d'acteur !

  • Pendant très longtemps, la relation soignant-soigné reposait sur une autorité médicale acceptée par tous. Aujourd'hui, la valorisation des principes de démocratie et d'égalité, la revendication d'une médecine respectueuse de l'autonomie du patient modifient en profondeur le contrat médical : le patient serait-il devenu un client (chirurgie esthétique, Gestation pour autrui, suicide assisté, etc.) et les soignants de simples prestataires de service ? si l'époque d'une médecine paternaliste semble désormais révolue, le respect absolu de l'autonomie du patient doit-il s'imposer comme le nouveau paradigme de la relation soignant-soigné ? mais aussi, quels sont les véritables critères de l'autonomie ? Le consentement d'un malade est-il toujours libre et éclairé ?
    Pour répondre aux nombreuses questions soulevées par ces bouleversements de la relation de soin, des chercheurs, des praticiens mais aussi des citoyens ont pris la parole. Qu'ils soient philosophes, juristes, médecins, accompagnants bénévoles ou patients, leur expertise et leur parcours donnent à ce livre toute sa force et son originalité.

  • Penser avec Fukushima

    Collectif

    Le mot avec est écrit en italiques parce qu'il prend ici la place d'un autre qu'on attendrait, mais qu'on doit s'interdire d'écrire, du moins tant qu'on n'a pas réfléchi à ce qu'il signifie désormais : après. L'ensemble d'événements rassemblés sous le nom de Fukushima n'a en effet pas achevé son déroulement, quoi que certaines voix intéressées essaient d'en dire, et c'est pourquoi après serait une erreur objective. Il n'y a pas, pour l'instant, d'après Fukushima, et au fond, l'alarme dont ce livre est aussi la traduction tient à ce détail sémantique d'importance majeure.
    Si la préposition après ne convient pas pour penser Fukushima, c'est qu'il n'y a pas d'« après-Fukushima », au sens où on pourrait passer à autre chose, « dépasser » Fukushima. Pourtant, il y a bel et un bien un monde - à décrire, à critiquer, mais aussi à construire et à accompagner - à partir de cette catastrophe et sous sa lumière.
    C'est ce que ces textes s'efforcent de mettre en place : venus d'horizons variés (littérature, philosophie, histoire de l'art, poésie, géographie), ils s'efforcent tous de penser après Fukushima si l'on veut, dans son ombre portée, contre Fukushima évidemment (dans ses effets mortifères), mais surtout avec Fukushima, c'est-à-dire en tenant compte de Fukushima, dans la proximité sans cesse renouvelée de ses problèmes et de ses ressources, de ses paysages et de ses habitants.

  • « Nommer le lien entre une époque et les productions qu'elle suscite n'est pas chose simple, surtout lorsqu'on cherche à donner un nom au présent. Pourtant, cette désignation recèle des enjeux esthétiques et politiques majeurs.
    Certaines époques ont été nommées dans le temps où elles se vivaient. Dans l'histoire récente, ce fut particulièrement le cas de la modernité.
    Nous appartenons à un temps qui peine à trouver son nom et choisit, généralement, une désignation qui n'en est pas une : le contemporain. Elle n'en est pas une car le contemporain ne se suffit pas à lui seul - on est contemporain de « quelque chose » - et est voué à suivre sinon à subir la fugacité du temps. C'est à cette difficulté que le colloque « Qu'est-ce que le contemporain ? » aimerait se consacrer.
    Il aura une triple vocation : historique car il questionnera l'histoire et l'identité de ce concept ; géopolitique, car il en envisagera les divergences d'appréciations et les propositions selon les aires géographiques ; critique enfin, car il tentera d'analyser dans les productions et les subjectivités actuelles ce qui pourrait apparaître comme l'emblème de notre présent.» Histoire du contemporain et mémoire du présent Penser la création suppose de saisir son rapport au temps. La querelle des anciens et des modernes le disait déjà, cependant que la modernité, dans sa plus grande complexité a tenté, sous des acceptions souvent contradictoires de définir le lien qui unissait la pensée et les arts à leur présent. Durant cette période, le mot contemporain s'est glissé, parfois discrètement, parfois bruyamment au creux d'une riche terminologie esthétique pour tenter de proposer une pensée de cette coïncidence.
    Textes de : Michel Deguy, Philippe Forest, François Noudelmann, Martin Rueff, Suely Rolnik, Lionel Ruffel ; Dialogue : Pascal Quignard et Tiphaine Samoyault Géopolitique du contemporain Les bouleversements géopolitiques qui ont affecté le monde ces trente dernières années se sont répercutés dans le champ esthétique. Certaines catégories, au premier rang desquelles le moderne, sont ainsi apparues comme trop directement inscrites dans l'héritage européen et occidental pour affronter des enjeux esthétiques et politiques radicalement nouveaux. Les études postcoloniales, les études de genre ou les études culturelles ont ressenti la nécessité de penser les mutations de l'histoire récente grâce à des catégories plus souples et moins déterminées. La faiblesse sémantique du contemporain est alors devenue une force.
    Textes de : Bruce Bégout, Pascale Casanova, Luc Lang, Zahia Rahmani Quel contemporain aujourd'hui ?/ Actualité du contemporain.
    De cet aujourd'hui qui passe, quelles sont les formes artistiques ou les formes de pensées qui semblent être les emblèmes. Repère-t-on dans les pratiques artistiques et leur compréhension, au creux des subjectivités et des espaces qui les accueillent, des évolutions qui transforment notre temps en époque ?
    Dialogue avec Arno Bertina et Matthieu Larnaudie de la revue Inculte Interventions de Patricia Falguières et Elisabeth Lebovici, Christophe Wavelet.

  • Pendant l'été 1987, Marguerite Duras et Claude Berri évoquent la possibilité d'adapter pour le cinéma L'Amant (prix Goncourt 1984) et succès « mondial ». Filmées dans les studios de Claude Berri, ces discussions ont laissé des traces du plus haut intérêt : autour de ce projet, ce sont deux conceptions du récit, de l'image, du cinéma et de la littérature qui s'affrontent - dans la douceur, l'impatience, l'incompréhension parfois.
    Parce qu'ils rendent raison très concrètement des mécanismes de la création littéraire et cinématographique, nous avons décidé de publier l'intégralité de ces échanges.
    Le texte est présenté par un entretien avec le scénariste Jérôme Beaujour, ami et collaborateur de Marguerite Duras, qui avait participé aux échanges.

  • Dans le cadre du Grand Prix ARDuA (universités d'Aquitaine) attribué à Pierre michon, un colloque international, tenu à Bordeaux en mars 2014, a réuni autour de son oeuvre des écrivains, philosophes et universitaires dont les réflexions se sont attachées à la force plastique de cette écriture articulée autour de quelques pôles fondamentaux comme le sacré, le mythologique ou le fantasme historique - toutes forces à l'oeuvre dans le texte michonien. Ce sont ces études que le présent volume rassemble sous le titre : Pierre Michon, quelques instants de force.
    Il s'ouvre sur un bel inédit de Pierre michon, récemment retrouvé et offert par l'écrivain. Cette « Amorce pour un David » est d'autant plus passionnante qu'elle semble constituer dans son énergie énonciative comme un lointain avant-texte des Onze (Grand Prix du roman de l'Académie française) en même temps qu'elle prolonge la fameuse série de ses peintres, dont son Goya (« Dieu ne finit pas »).
    Une bibliographie actualisée de l'oeuvre de Pierre michon sera jointe au volume.

  • Longtemps envisagées à travers le prisme de l'adaptation cinématographique, les relations entre littérature et cinéma sont très loin de se limiter à cette problématique, et la recherche actuelle en prend acte résolument. Le titre de cet ouvrage désigne ainsi les divers sens d'un trafic : le cinéma de la littérature, c'est la manière dont le cinéma s'empare des textes littéraires ; mais c'est réversiblement la manière dont la littérature s'empare du cinéma - et peut-être enfin la manière dont les arts se conjuguent sans accorder nécessairement de priorité à l'un ou l'autre moyen d'expression.
    En effet, le cinéma s'incorpore la littérature de toutes les façons : scénarisation, dialogues, citations, inscriptions, références, adaptations sont des phénomènes bien connus... mais l'influence du cinéma sur la littérature, sensible dès la première moitié du XXe siècle, s'est fortement diversifiée dans les quarante dernières années à travers des procédures aussi disparates que le ciné-roman et la novellisation, la reprise de figures et de techniques de représentation, la simple allusion ou le développement de référents cinématographiques, les extensions d'univers, mythes et légendes. À l'intersection de ces deux ensembles, on s'intéresse ici également aux phénomènes de conjugaison des arts en jeu dans les pratiques plurielles ou hybrides (cinéma / littérature / vidéo / critique / fiction)...
    L'enjeu de ce volume est donc d'interroger les outils conceptuels mobilisés (recyclés, détournés, inventés, ajustés ou redéployés) pour penser les relations entre les deux arts et affecter une légitimité aux modèles existants ou émergents, tout en essayant de mieux comprendre ce qui se joue, pour chacun d'entre nous, dans la mise en relation de la littérature et du cinéma.

  • La nuit d'octobre, d'Alfred de Musset, est un poème paru en 1837.
    Les nuits d'octobre, de Gérard de Nerval, est un texte court paru en feuilleton en 1852. Ces nuits d'octobre ont toutes deux été l'occasion pour leurs auteurs de faire le point sur la relation, parfois confuse pour eux, entre expérience et écriture. Elles marquent toutes deux un tournant dans leur oeuvre. Ma nuit d'octobre, ce journal de lecture de Jacques le fataliste et son maître, de Denis Diderot, a une ambition comparable.
    En l'occurrence, essayer de comprendre pourquoi ce livre, lu trop jeune, m'a marquée à ce point, analyser son influence sur ma vie et mon travail jusqu'à aujourd'hui, et, puisque je suis née un matin d'octobre, pourquoi pas renaître.

  • Conférence au centre Roland-Barthes dans la première décennie du XXIe siècle -, vient renouveler l'approche du sujet dans l'espace de la langue ; en d'autres termes, élargir en le questionnant le spectre des expériences intérieures. Et si celui qu'on appelle " le sujet ", qui s'obstine encore à chercher sa condition hors du monde, se tenait tout à la fois entre sens et insignifiance ? Les " photos sans intention " de Raymond Depardon y invitent, comme la vanité de " l'égotisme " des philosophies du sujet pointées par Vincent Descombes, ou les " incantations au grand tout moniste " qui amusent Etienne Klein.
    " Une langue, ça n'appartient pas ", rappelle Barbara Cassin par la voix de Derrida, tandis qu'Irène Catach Rosier ranime l'efficace des langues après Babel. Anne-Lise Stern souligne la compétence de la parole à panser/penser contre l'impensable, Carlo Ossola l'infini palimpseste sur lequel se trace toute écriture, et Jean Nouvel l'effort de la transmission des symboles dans la sédimentation des lieux.
    L'énergie de la langue passe, pour Jean-Michel Deprats et François Marthouret, dans " le dire du théâtre ", et risque sa puissance sous le tranchant de la traduction. Alain Corbin redit que " l'écriture de soi " a naguère rêvé de soigner le plaisir solitaire ; mais Lionel Naccache interpelle " le sphinx interprète ", et Bernard Brusset réveille l'inconscient freudien. Les modernités ne sauraient faire sans le sujet parlant, et sans le langage qui opère sur lui.

  • Ce volume prend acte d'une revendication propre à la littérature et jamais analysée comme telle : la volonté affichée de ne pas savoir. Force est en effet de constater que le paradoxe, la répétition, et toutes les formules de l'incohérence, sont des faits littéraires ; mais aussi que des figures idiotes, ignorantes, illuminées, folles, sauvages, primitives peuplent depuis toujours la littérature. Comme si cette dernière déclinait la fonction cognitive qu'on lui reproche de ne pas remplir ou que l'on tente de lui attribuer.
    Du xviie au xxie siècle, ce volume se demande donc pourquoi la littérature se targue de ne pas savoir : ce refus de savoir est-il un refus du savoir ? Que sait ou veut nous faire savoir celui qui, dans l'habilité rhétorique, prosodique, narrative, proclame la négation de la connaissance ? De quels savoirs de la littérature nous entretient le non-savoir ? Car l'acte même de nier le savoir est une pensée, mais sur un mode bien particulier, hors des canons discursifs du savoir. La littérature pense à ciel ouvert, elle pense sans l'abri de la rationalité, elle pense avec l'imagination, l'émotion, la raison sensible ; mais, surtout, elle pense dans et par l'intelligence du langage. Si savoirs de la littérature il y a, ce n'est pas tant dans l'exemplarité ou l'apologétique qu'il faut les chercher que dans l'exercice subtil et maîtrisé, poétique et politique, de construire une perte de sens, de donner des indications pour se perdre, de saisir l'étincelle de vie qui souvent fait l'émerveillement. Ainsi, la littérature ne cesse de penser la catégorie de l'expérience.

  • Née de la diversité ethnique de plus en plus complexe de nos sociétés, la revendication d'un " droit à la différence " des cultures, se heurte à l'exigence éthique, juridique et politique du respect de l'universalité des droits de l'homme. Chercher à penser rationnellement ce conflit, au lieu de l'épouser passionnellement, telle est la finalité de cet ouvrage. Des anthropologues y remontent aux sources, y analysant les structures de la méconnaissance et même de la récusation des droits des femmes, ou l'ambivalence des relations entre les cultures africaines et occidentales. Un juriste y soulève la délicate question de la conciliation entre l'universalité des droits de l'homme et la souveraineté particulière des Etats. Des philosophes y interrogent l'assise conceptuelle de ce prétendu " choc des cultures ", le caractère problématique de la construction de l'altérité de l'" étranger ", et la légitimité d'un fondement absolu de l'universalité des droits, conçu moins comme le principe métaphysique des Lumières que comme l'exigence et l'horizon universalisants de l'humanité. Lucien Guirlinger : Président de la Société Angevine de Philosophie Lucien Guirlinger est professeur agrégé honoraire de philosophie et président de la Société Angevine de Philosophie. Il est l'auteur aux éditions Pleins Feux de Vieillir, art ou destin (2001), Le Suicide et la mort libre (2000), De l'ironie à l'humour, un parcours philosophique (1999), Éloge des cyniques (1999), Voyages de philosophes et philosophies du voyage (1998) et aux éditions Cécile defaut de La Barbarie aujourd'hui, mythe et réalité (dir. de l'ouvrage, 2005), Eclats de rire philosophiques (ouvrage collectif, 2006). Françoise Héritier : Ethnologue française, Professeur honoraire au Collège de France. Auteur de Masculin/féminin, a consacré l'essentiel de ses recherches aux fondements de la domination masculine.
    François Jullien : Philosophe et sinologue. Auteur de plusieurs ouvrages de référence, on lui doit notamment La propension des choses - pour une histoire de l'efficacité en Chine, un Eloge de la fadeur, un Traité de l'effacité, ainsi que Un sage est sans idée ou l'autre de la philosophie. Son travail a pour finalité de dépayser la pensée en explorant en Extrême-Orient d'autres intelligibilité que celles développées par la pensée européenne ; et, ainsi, de réinterroger les partis-pris de la raison européenne. Rahim Kherad : Professeur de droit international à l'université d'Angers.

  • L'oeuvre littéraire peut parfois en dire plus, sur le monde social, que nombre d'écrits à prétentions scientifique " (Les règles de l'art, p. 130). Cet ouvrage collectif se propose de confronter des points de vue différents au sujet de l'apport de Bourdieu à la réflexion sur la littérature. Les contributeurs (des littéraires, des sociologues, des philosophes, des écrivains) se proposent d'analyser, de comprendre, de clarifier, d'interroger, dans des perspectives diverses, les rapports de Bourdieu à l'objet littérature comme à la critique littéraire qui lui fut contemporaine. Façon aussi, pour chacun, de faire le point sur la place que Bourdieu, en tant que théoricien de la littérature, occupe aujourd'hui dans sa propre histoire intellectuelle. Ce livre ne se limite pas à définir l'importance de l'approche sociologique de la littérature dans le système de Bourdieu, le rôle qu'elle joue dans l'évolution de sa pensée (ou bien dans ses ritournelles et ses obsessions) : il tente d'interroger la valeur sociologique de la littérature comme la valeur de l'approche sociologique de la littérature, de faire l'inventaire critique, hors de toute attitude dogmatique ou épigonale, de la boîte à outils que Bourdieu nous ouvre, et de l'intérêt qu'elle présente aujourd'hui, pour un littéraire, un sociologue ou un philosophe. Il est plus que jamais nécessaire d'historiciser l'approche spécifique de Bourdieu, de l'articuler aux réflexions contemporaines sur la littérature, d'en expliciter les enjeux et les aspects polémiques, de le faire dialoguer avec d'autres approches - sans rapport de révérence, mais aussi, sans préjugé. "Jean-Pierre Martin, avant-propos : " La leçon de Bourdieu " Pierre Bergounioux, " Un savant lettré " Anna Boschetti, " Le problème du changement " Pierre-Marc de Biasi, Entretiens avec Bourdieu et texte d'accompagnement Pascale Casanova, " Une critique critique " Pascal Durand, " Vers une sociologie des formes et des styles " Jacques Dubois, " Bourdieu est Flaubert " Annie Ernaux, " La preuve par corps " Michel Jarrety, " Marginalia " Bernard Lahire, " Le champ et le jeu : le cas de l'univers littéraire ". Marielle Macé, " Bourdieu, logiques de la stylisation " Pierre Macherey, ""Bourdieu critique de la ""raison scolastique"": le cas de la lecture littéraire"" Jérôme Meizoz, " Ce que préfacer veut dire " Hélène Merlin-Kajman, " Ne... que ou la traque amère des vanités " Jean-Claude Pinson, " Habitus et ethos " Dominique Rabaté, " Révélations. La part de la littérature et la sociologie " Gisèle Sapiro, " Ce que le champ n'est pas " Dominique Viart, " Des biographies sans illusions " Fatima Youcef : Index des références littéraires dans les écrits de Pierre Bourdieu"

  • Figures du dehors

    Collectif

    Depuis plus d'une trentaine d'années, Jean-Luc Nancy explore, avec une incroyable inventivité, les figures d'un dehors qui est aussi bien dehors de la philosophie que limite du monde, extériorité interne du corps étranger que bordure de la communauté.
    Le dehors ? Plutôt le coeur battant d'une pensée dont la puissance conceptuelle et l'acuité critique se développent à l'écoute même du présent - un présent toujours à réouvrir, à déclore. volume recueille les actes des Journées d'étude internationales consacrées en janvier 2009, par Gisèle Berkman et Danielle Cohen-Levinas, aux " Figures du dehors " chez Jean-Luc Nancy, en sa présence. " La politique et ses autres ", " Sens du monde et création ", " Déconstructions ": telles sont, menées par des chercheurs venus de France et du monde entier, les trois déclinaisons de ce dehors qui est proprement, chez Nancy, ce qui nous met au monde.

  • à quoi jouons-nous ?

    Collectif

    A quoi jouons-nous ? cette question, sous forme de jeu, fut posée à neuf écrivains.
    Chacun devait composer un texte inédit à partir d'un terme du vocabulaire du tarot. un illustrateur a réinterprété ce vocabulaire en proposant un jeu imaginaire de neuf cartes, en miroir des textes. l'architecture finale du volume respecte le rituel de la donne : donneur, chien, atout, excuse, enchère, écart, garde-contre, preneur. la partie commence alors, à l'écoute de la "langue des oiseaux".

  • Ce livre, hommage au grand déplaceur que fut Michaux, devait être le recueil des actes d'un colloque. Il est devenu quelque chose d'autre, quelque chose au-delà, par la force des choses - force des choses qui se sont passées et déplacées, durant dix jours, à La Roche-sur-Yon, en décembre 2007. Comme si le titre de l'ensemble de la manifestation, Conversations avec les morts - Henri Michaux avait pris forme, volume, densité.
    Les textes qui suivent rendent compte d'un programme dense qui, à l'initiative de la Scène nationale Le grand R et du CREC [centre de recherche éducation-cultures, équipe de recherches en sciences humaines de l'IUT de La Roche-sur-Yon (Université de Nantes)], et suite à une première " Conversation " avec Marina Tsvetaeva en janvier 2006 à la Maison Gueffier, rendit compte de la multiplicité d'Henri Michaux et de son oeuvre : exposition de peintures à l'Artothèque de la Médiathèque Benjamin Rabier, journée d'études universitaires (" Henri Michaux et la peinture, le franchissement du détroit "), lecture-performance de textes de Michaux par François Bon, ateliers d'écriture michaldiens par François Bon ou l'équipe de la Maison Gueffier, programmation de danse (" abécédaire " de Fabrice Lambert au Manège), lectures de Michaux et de textes inédits (innervés de son oeuvre) par les auteurs invités...
    Ce qui demeure à souligner, c'est à quel point chacun des intervenants, des participants, public et invités, s'est déplacé. Entre les frottages et toiles exposées, entre les stases et sprints de la danse de Fabrice Lambert, entre les ombres entre les lignes : en témoignent au plus haut les écarts de conduite de ce colloque, voué initialement à parler du Michaux peintre, et qui s'attarda sur le Michaux musicien, le Michaux danseur, suite de paroles chaleureuses courant après l'insaisissable Henri. En témoignent encore les fabriques oratoires des auteurs invités, nommées Exercices critiques comme par défaut, titre qui pourtant dit la lecture singulière, forcément singulière, que des auteurs d'Ici et Maintenant font de cette oeuvre, dit aussi l'effort physique que constitue la lecture à haute voix des phrases, obliques telles des pierres bondissant, d'Henri Michaux.
    En attestent au final les pages imprimées dans ce livre, traces de ces déplacements multiples, continuation imprimée des Conversations avec ce mort bien vivant.

  • Ce volume a pour origine le projet de réunir une série d'articles inspirésdes conférences prononcées par des chercheurs renommés dans le cadre d'un cycle intitulé « Représentation de la littérature : vocabulaires et modèles ». Chaque auteur propose des pistes inédites de réflexion en matière de théorie de la littérature, à partir du choix d'un élément de vocabulaire, éprouvé ou inventé.
    Comme échappés d'un dictionnaire de théorie littéraire qui n'existerait pas encore, ces articles contribuent ainsi à ouvrir des pistes nouvelles, ou au moins permettent de mieux arpenter celles qui existent déjà.
    Parlera-t-on d'un vocabulaire, d'un glossaire, d'un lexique, d'une terminologie, d'un dictionnaire, d'une encyclopédie ?
    Ce livre n'a rien de la systématicité et de l'universalité de l'encyclopédie. Il n'a pas le souci d'objectivité d'un dictionnaire. Il n'a pas la singularité lexicale ni la rareté définitoire du glossaire. On dira plutôt qu'il est l'abécédaire lacunaire d'une pensée ouverte, multiple et partageable du littéraire. Ou qu'il est une sorte de lexique erratique, organisant en ordre alphabétique les fragments d'un discours théorique qui cherche à exposer de façon neuve ce que la littérature offre, en propre et en commun, à notre horizon de pensée.

  • Depuis les années soixante-dix, on assiste à un développement sans précédent des lectures publiques de poésie, en France. Il en résulte une revalorisation de l'oralité dans l'ensemble du champ littéraire contemporain.
    Or il s'avère que ce phénomène n'a encore été qu'assez peu interrogé dans le domaine universitaire français : ce volume s'attache à combler cette lacune. Si la lecture publique a souvent été considérée comme une simple oralisation de l'écrit, sans propriétés esthétiques spécifiques, il apparaît au contraire qu'il s'agit, dans le meilleur des cas, d'un « mode original particulier/autonome/d'existence de la poésie », comme l'a écrit le poète Jacques Roubaud. Ce livre, centré sur le XXe siècle, aborde néanmoins l'histoire de la lecture publique de poésie depuis la fin du XIXe siècle. Cette pratique y est envisagée selon différents plans : la description et l'évolution des styles de diction, dans leur rapport à des questions de poétique ; l'identification des « diseurs », du public, et des lieux de lecture ; l'analyse des mutations médiologiques qui affectent nécessairement les modes de lecture et de réception. On ambitionne ainsi de décrire le moment où nous en sommes, dans lequel les tentatives orales des poètes sont autant de signes de vitalité.
    Le volume en question résulte d'un colloque international qui a eu lieu au Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne.
    Des chercheurs et des poètes (qui font parfois une seule et même personne !) pour interroger un objet (la poésie) et une pratique de lecture qui prend une place grandissante dans le champ littéraire contemporaine.

  • Retraductions

    Collectif

    Parce qu'elle est fondamentalement interprétation, une traduction vieillit généralement plus vite que l'oeuvre originale. Qu'y a-t-il de commun, par exemple, entre la version donnée d'Homère par Mme Dacier au XVIIIe siècle, la version de Leconte de Lisle un siècle plus tard, et celle de Philippe Jaccottet au XXe siècle, si ce n'est le texte d'Homère lui-même ? D'une retraduction à l'autre se lit toute la distance du temps qui passe, des convenances qui évoluent, de la langue qui se transforme, des goûts et des pratiques d'écriture qui se modifient... Pour autant, le dilemme du traducteur (être fidèle à l'"esprit" ou à la "lettre" du texte étranger) reste, lui, toujours le même. La retraduction semble un point d'observation idéal pour analyser "la pulsion de traduction entretenue par l'insatisfaction à l'égard des traductions existantes" (Paul Ricoeur). Pourquoi (pour qui) retraduit-on ? Pour rectifier les erreurs avérées d'une traduction antérieure ? Pour répondre à un "horizon d'attente" littéraire et culturel en constante mutation ? Pour des raisons banalement commerciales ? Quel type de relation un (re)traducteur entretient-il avec la version produite par son ou ses prédécesseurs ? Autant de questions que cet ouvrage aborde en explorant des retraductions de textes littéraires en prose ou en vers, de la Bible, de livrets d'opéra, des retraductions-adaptations pour la scène, des traductions-relais (effectuées à partir d'une langue intermédiaire), etc. Dans une perspective interdisciplinaire, ce volume s'intéresse à l'étude de traductions multiples d'une même oeuvre, à l'investigation des conditions socioculturelles de leur production et de leur réception, aussi bien qu'aux techniques et processus de retraduction, à leur évaluation, sans omettre de faire appel à l'expérience concrète, menée " sur le terrain ", par les praticiens de la (re)traduction d'aujourd'hui.

  • Les anthropologues sont-ils des romanciers ratés, comme le prétend Edmund Leach (lui-même anthropologue) ? Pourtant, deux des grands ethnologues du XXe siècle, l'un brésilien, le romancier Darcy Ribeiro, l'autre français, Michel Leiris, sont aussi des écrivains majeurs ; et Lévi-Strauss, dans sa conférence sur Rousseau, ne demande-t-il pas : "L'ethnologue écrit-il autre chose que des confessions ?" Depuis les balbutiements de l'ethnologie, au XVIe siècle, littérature et enquête ethnographique ont en effet suivi deux chemins parallèles, étonnamment proches, bien qu'a priori tout semble les opposer : finalités, méthodes, usage du langage. Mais y a-t-il d'une part une littérature close sur son autonomie esthétique, et de l'autre une anthropologie habitée par une seule hantise : son aspiration à la "science", au recensement des altérités ? D'autant que l'ethnologie est justement née, en une longue gestation, de la littérature elle-même, plus précisément d'une "branche" de la littérature, au moment où, entre les souvenirs de Marco Polo, en 1298, et la circumnavigation de Bougainville, au XVIIIe siècle, l'étrange commence à être trouvé à l'étranger, et donc dans des récits anticipant ce que deviendra l'ethnographie, à la fin du XIXe siècle. D'où l'importance d'aborder des oeuvres qui s'aventurent sur ces marges, garantes d'une littérature conçue comme système ouvert : dans ces zones d'indétermination, coexistent, dans la tension et la confrontation, de nouvelles singularités de l'écrit.

  • De l'idée de fiction, le langage courant retient habituellement, en un premier moment, sa seule dimension imaginaire. Si la fiction peut avoir valeur de divertissement, cela signifie également qu'elle détourne du réel, le dissimule ou bien le modifie pour en atténuer la rigueur. En ce sens, le processus rationnel de la connaissance paraît devoir l'écarter.
    Pourtant, suite aux analyses fameuses d'Aristote, dans La Poétique, la fiction est aussi une manière d'expérimenter des émotions et d'anticiper son inscription dans le monde. Paul Ricoeur reprend à son compte ces considérations, et redonne, de cette manière, sa pleine évidence aux puissances heuristiques de la fiction. Certes, bien des textes littéraires - romanesques ou poétiques - paraissent se défaire de la référence à la réalité quotidienne, mais dans cette mise à distance, ils produisent une forme de mise entre parenthèses : ils suspendent une référence de premier degré où s'organise le monde manipulable des objets, pour ouvrir le champ d'une référence de second degré. De cette manière, les textes deviennent autant de « propositions de mondes » : ce n'est plus alors l'intention subjective de l'auteur qui importe, mais la manière dont le texte organise au-devant un monde où projeter des possibles. La littérature produit des « variations imaginatives » sur le monde.
    Il s'agit, dans cet ouvrage, d'interroger l'herméneutique littéraire de Paul Ricoeur à partir du développement de certaines théories de la littérature ou créations poétiques - notamment celle d'Yves Bonnefoy. On contribuera ainsi à poursuivre le dialogue entre cette philosophie de l'imagination et certaines oeuvres en tant qu'elles offrent de reconfigurer un monde et ouvrent, au devant, les perspectives d'une expérience renouvelée. On se propose ainsi de faire paraître quelques éléments d'un bilan de la réception des oeuvres de Paul Ricoeur. Quelles bases, la pensée de Paul Ricoeur, offre-t-elle pour contribuer à la constitution d'une herméneutique littéraire ?
    Il s'agit, en somme, de continuer à interroger la remarque fameuse du philosophe :
    « j'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte. »

  • Les mémoires d'Ancien Régime en France, véritable phénomène de société, fixent par écrit pour la postérité une vérité personnelle, mais en accordant à la parole, de multiples façons, une importance décisive. Ils renvoient d'abord à la parole première du narrateur, parole donnée, dans une mentalité aristocratique encore baignée de ses origines féodales, parole qui est le tissu conjonctif du récit. Cette parole initiale met en scène la parole multiple des autres, au sein de la société de conversation qu'elle fait revivre, où la mémoire orale de chacun joue un rôle majeur. Au centre de cette polyphonie, la parole royale, parole qui fait événement, entourée d'un prestige sacro-saint, parole pieusement transmise, interrogée, à l'occasion sujet de perplexité. Au-delà, les mémoires se lisent comme des palais de paroles, des textes saturés de paroles présentées de mille façons, parole familière ou parole solennelle, parole de conversation, parole de discours ou de lettres insérés, parole de « mots » dans les anecdotes, parole aussi qui touche à la voix de personnes disparues et dont elle permet avec émotion de restituer la présence, hantise universelle des écrits de mémoires. La parole mémorisée, celle qui fait revivre, peut à l'évidence être reconstituée par le narrateur, être l'objet par lui d'une recréation riche de virtualités littéraires.
    C'est cette présence constitutive de la parole dans les mémoires qu'une quinzaine de spécialistes se proposent ici d'étudier, depuis la fin du Moyen Âge, jusqu'à Chateaubriand, en passant par les mémoires protestants du xvie au xviiie siècle, les Mémoires bien connus de Retz, Saint-Simon ou Chateaubriand, les mémoires d'étrangers écrits en français (Casanova, le baron de Tott), les mémoires de la Révolution, l'autobiographie de Stendhal. Sur ce sujet central, les mémoires offrent matière à analyse véritablement inépuisable, menée ici sur des textes précis, souvent méconnus.

  • A la suite de la grande tradition incarnée autrefois par Tanizaki, Kawabata, Mishima, aux côtés de la nouvelle vague découverte en Occident depuis une décennie avec Murakami Ryu ou Murakami Haruki, un autre roman japonais reste à découvrir, se situant loin des clichés de l'exotisme ou de ceux du post-modernisme. A l'occasion d'une série de rencontres organisées en France à l'automne 2002, quatre écrivains japonais de tout premier plan s'expriment (sur leur oeuvre, leur engagement, la place de la littérature dans le Japon d'aujourd'hui, etc.) et dialoguent avec des romanciers et des critiques français.

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