Presses universitaires de Rennes

  • On a pris l'habitude de dire que l'oeuvre de Georges Méliès préfigurait tout à la fois le cinéma narratif, les productions hollywoodiennes à grand spectacle et les films de science-fiction à effets spéciaux. Les recherches historiques présentées dans cet ouvrage montrent au contraire que Méliès s'attachait moins à inaugurer un nouvel art, une nouvelle industrie, qu'à perpétuer par le truchement du cinématographe ces pratiques culturelles que sont la lanterne magique, la caricature, le numéro de scène, le sketch magique, la pantomime, la féerie, etc. Ce livre a ainsi pour ambition de renouveler notre connaissance de l'oeuvre cinématographique de Méliès, en interrogeant son travail à partir de chacune de ces pratiques et du contexte socioéconomique dans lequel elles s'inscrivaient. Les contributions savantes rassemblées dans la première partie de ce volume sont issues du colloque de Cerisy qui s'est tenu en 2011 à l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Méliès. Les actes du colloque sont suivis par une édition critique de la correspondance francophone de Méliès établie par Jacques Malthête. Réunissant près de deux cents lettres conservées dans des institutions patrimoniales ou des collections privées, ce corpus épistolaire forme un ensemble documentaire précieux pour questionner à nouveaux frais l'oeuvre de Méliès et sa conception du cinéma.

  • Le Caucase et la Crimée ont été le théâtre de déportations massives organisées au cours de la Seconde Guerre mondiale. Environ 900 000 personnes, appartenant à une dizaine de nationalités soviétiques en majorité de confession musulmane, ont été déplacées de force, alors que les combats contre l'armée allemande faisaient toujours rage. Ces régions ont pour singularité de connaître depuis l'effondrement de l'Union soviétique une actualité particulièrement mouvementée. Mosaïques ethniques situées au carrefour des civilisations et des religions, elles sont aujourd'hui considérées comme de véritables poudrières. Cet ouvrage collectif se veut une contribution à l'écriture d'une histoire qui ignore trop souvent l'actualité des peuples déportés. Il ouvre un angle jusque-là peu abordé, celui de la comparaison des déportations et de leurs impacts sur les situations politiques et sociales actuelles des peuples déportés. Une première partie présente les modalités des déportations, la vie en exil et les étapes du processus partiel de réhabilitation à partir de 1956. Suivent des études de cas abordant les décennies qui ont suivi la réhabilitation ou la non réhabilitation de six différents peuples déportés dans une perspective comparatiste. Enfin, une dernière partie examine le traitement de l'héritage stalinien dans le présent et la manière dont cet héritage, souvent encombrant, est géré par les États successeurs russe, ukrainien et géorgien. Privilégiant une approche pluridisciplinaire et rassemblant des spécialistes des questions étudiées, cet ouvrage propose de mesurer sur la longue durée les conséquences d'évènements que d'aucuns considèrent trop rapidement comme appartenant à l'ordre des mémoires. Il ouvre donc un champ d'étude encore peu abordé en France : l'actualité, le traitement, l'héritage et la mémoire des déportations dans le contexte postsoviétique.

  • Cet ouvrage de recherche fondamentale et appliquée intéressera non seulement les chercheurs et étudiants avancés de plusieurs disciplines situées au sein ou aux frontières des sciences cognitives (psychologie cognitive, psycholinguistique, neuropsychologie, neurosciences, musicologie...), mais aussi tous ceux qui aiment la musique. Il illustre le foisonnement récent des connaissances neuroscientifiques au sujet de la musique - art et jouissance de plus en plus présents dans notre vie quotidienne - et de ses relations avec le langage et les émotions. Les spécialistes les plus renommés y abordent la perception des structures musicales dans ses relations avec le langage (Barbara Tillmann et coll. ; Emmanuel Bigand et coll.), le rôle et l'importance des émotions dans la musique ainsi que les éventuels dysfonctionnements du traitement de ces émotions (Oliver Grewe et coll. ; Séverine Samson et coll. ; Régine Kolinsky et coll.), et, enfin, les troubles profonds d'origine congénitale des capacités musicales (Isabelle Peretz et coll.). Les principaux moyens d'investigation scientifique dans le domaine de la cognition musicale (comportemental, électrophysiologique, étude de patients et des activations cérébrales, simulation par « réseaux neuronaux ») y sont aussi représentés. Comme l'écrivent les organisateurs, dans le domaine de la musique, « en matière de connaissances scientifiques, que ce soit par le brassage des techniques ou par le métissage des domaines, notre défi pour le futur sera de chanter en choeur ».

  • Comment se protéger contre les aléas de l'existence? Comment se prémunir contre la maladie, l'accident, la vieillesse ? Ces questions ont hanté la fin du xixe siècle français. L'État comme la société préféraient alors s'en remettre à l'initiative individuelle, fondée sur l'épargne et la propriété, ou au paternalisme patronal. À la Belle Époque très inégalitaire se protéger était plus important que protéger. Vertu d'autant plus cardinale qu'elle était peu partagée, la prévoyance libre n'en souffrait pas moins, dès avant 1914, des formes de protection obligatoire, réservées aux catégories les plus modestes. Les multiples bouleversements issus de la Première Guerre mondiale déterminèrent les pouvoirs publics à instituer des assurances sociales, liées au contrat de travail, et destinées par là même à préserver la force de travail : protéger devenait aussi nécessaire que se protéger. Or ce système, appelé à améliorer la santé générale de la population, fit couler beaucoup d'encre, suscita de fortes oppositions, heurta bien des esprits. C'est l'histoire de ces assurances, imaginées par la classe politique pour contenir les débordements des crises du premier xxe siècle, que ce livre raconte, en s'appuyant sur les résultats d'une enquête menée par les correspondants départementaux de l'Institut d'histoire du temps présent.

  • En France, l'engagement des familles pour maintenir à domicile les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer témoigne de leur forte implication dans la prise en charge de la maladie. Divers travaux s'intéressent aux besoins d'aide de ces personnes et à la répartition des tâches de soutien à leur vie quotidienne entre familles et professionnels, venant nourrir la dénonciation du fardeau des familles. Cependant, ils en négligent les dimensions affectives et sont incapables de rendre visible les motifs d'agir et les comportements des accompagnants familiaux. Ce livre réinterroge les modes de vie des personnes malades et ces activités familiales d'accompagnement au regard des libertés ouvertes par les ressources publiques et familiales pour mener un cours de vie valorisé. Ce nouveau regard se fonde sur l'approche des capabilités développée par le prix Nobel d'économie Amartya Sen, qui déplace l'attention sur les libertés concrètes d'agir de chacun. Il conduit à mettre en lumière l'appui que cherchent les familles dans le passé des personnes malades, et à en déduire un processus de capabilités par faveur dont bénéficieraient ces personnes, par le souci et la contribution raisonnée de leur entourage familial au maintien d'un cours de vie auquel elles attachaient de la valeur, à la préservation de ce qui leur importait.

  • Que savons-nous des électeurs ? Tantôt honorés comme les garants de la démocratie, tantôt dénigrés pour leur apathie, parfois dénoncés pour leurs choix irrationnels ou soupçonnés de se laisser trop aisément séduire par les sirènes populistes, les électeurs des démocraties contemporaines font l'objet d'analyses contradictoires et leurs choix paraissent aujourd'hui plus mystérieux que jamais. La science électorale qui a construit, en France et aux États-Unis, de solides modèles d'interprétation du vote semble elle-même partiellement désarmée. Face à un électeur qui se donne désormais à voir comme plus versatile et moins prévisible, plus critique à l'égard du politique et qui donne moins aveuglément sa voix à ses représentants, les enquêtes par sondage paraissent de moins en moins susceptibles d'éclairer les racines sociales du vote et de comprendre les mécanismes des choix électoraux. Une équipe de politistes et de sociologues français a mené pendant trois ans une enquête inédite : suivre et interroger tout au long de la campagne de l'élection présidentielle et des législatives de 2012, 69 électeurs représentant une certaine diversité de la population française. Jeunes des classes populaires scolarisés en lycée professionnel et « bourgeois » des beaux quartiers, professeurs et entrepreneurs, salariés des petites classes moyennes et cadres de la finance ou de l'industrie du luxe ont ainsi été longuement interrogés, avant, pendant et après ces échéances électorales majeures. Ces centaines d'heures d'entretiens constituent un témoignage inédit des perceptions du politique, des campagnes électorales et des élections par ces Français ordinaires. Elles permettent surtout de revisiter ce que nous croyons savoir du vote et de la politisation et de proposer une sociologie compréhensive des choix électoraux qui restitue la diversité des sens du vote dans les démocraties contemporaines.

  • Face aux institutions, les individus socialement disqualifiés sont habituellement perçus dans une vision schizophrénique, comme des « dominés » disposant tout au plus de tactiques de résistance ou comme des « sujets » d'une modernité pourtant bien peu incarnée. Leur voix est illusoire ou prophétique. Or, les institutions de nos sociétés post-modernes brouillent les pistes : elles affirment s'adapter aux nouveaux credo de l'individu, de la subjectivité et de l'éthique. Mais que signifie une relation de reconnaissance d'individus qui n'ont pas de légitimité à prendre la parole ? De quelles voies ceux-ci disposent-ils pour prendre voix ? En proposant le concept d'« acteur faible », cet ouvrage entend ouvrir une réflexion nouvelle permettant de penser les conditions d'autonomie des individus pris dans des relations asymétriques. Constituer des causes, délier les langues, rendre les voix audibles : trois processus sont ainsi examinés, à la lumière d'études de terrain (travail social, école, logement, centres sociaux, prison...) qui éclairent le jeu complexe des luttes de reconnaissance, des politiques institutionnelles et des dispositifs de prise de parole. Comprendre la voix des acteurs faibles, c'est faire le pari de la réversibilité des situations de faiblesse et élaborer les conditions de l'empêchement comme du renforcement de ces acteurs. C'est aussi prendre la mesure du tournant compréhensif des institutions et penser la porosité de la frontière entre professionnels du front et usagers disqualifiés sous l'angle d'une expérience commune.

  • Comment écrire aujourd'hui l'histoire de la folie ? Longtemps assimilée au seul discours de la médecine psychiatrique, celle-ci prend désormais de nouveaux chemins. Inscrite dans un champ social plus large, explorant la période méconnue du XXe siècle, et plaçant les individus au premier plan, l'histoire proposée dans ce volume s'applique à renouveler la description de l'« expérience psychiatrique » sous ses diverses formes. À partir de trois situations institutionnelles différentes - judiciaire, militaire, hospitalière - exposées dans leur contexte historique des XIXe et XXe siècles, les auteurs de ce volume s'appliquent à saisir les trajectoires singulières des patients dans leurs interactions avec les configurations institutionnelles de la psychiatrie et les catégories médicales qui définissent la maladie mentale. Comment émerge la figure « limite » du fou dangereux au point de contact de la justice et de la psychiatrie ? Comment les troubles psychiques de la Grande guerre ont-ils été pensés et pris en charge ? Quelle fut la place des patients dans l'hôpital psychiatrique du XXe siècle ? À partir de ces trois questions se dessine une autre histoire de la folie dans laquelle les médecins sont acteurs au même titre que les juges, les militaires ou les patients.

  • La présence française en Turquie apparaît aujourd'hui comme un lointain souvenir, un fragment parmi d'autres de cet espace francophone transnational qui, de l'Europe centrale à la Méditerranée orientale, a connu son apogée au tournant du XXe siècle. De cet archipel culturel, le rivage turc aura pourtant été le maillon fort. Nulle part la poésie, la philosophie et les ouvrages de médecine, mais aussi les manières de table, les recettes de cuisine, les articles de mode, les magazines de charme et les troupes de théâtre venues de France n'auront été aussi bien accueillis, écoutés, consommés, adaptés et réinterprétés que sur les bords du Bosphore. Pour être franco-turque, cette configuration culturelle n'a rien de symétrique. Émergeant dans le contexte de la guerre de Crimée, elle est indissociable des enjeux diplomatiques, économiques et militaires qui inspirent l'action des décideurs français en Orient. Plutôt que d'un « empire culturel » français en Turquie, cet ouvrage offre le récit d'une extraversion sous dépendance. La culture française a été un filtre ou un levier grâce auquel les bourgeoisies ottomanes, puis turques, se sont approprié un corpus de références européennes, dans un contexte de globalisation de la culture occidentale. En outre, les dispositions impériales des exportateurs culturels n'ont jamais cessé de croiser, sur le terrain, les stratégies de distinction des importateurs culturels. L'échange franco-turc, enfin, n'est pas un fait bilatéral. Il se noue à Paris et à Istanbul, mais aussi à Salonique, Jérusalem, Beyrouth, Odessa et Alexandrie. Outre des Turcs et des Français, il mobilise des Arméniens, des Grecs, des Juifs et des Kurdes de l'Empire ottoman, ainsi que toutes sortes d'Européens, sans compter ceux qui ne se rangent ni d'un côté ni de l'autre. Cela étant dit, l'échange culturel franco-turc est profondément transformé par les bouleversements démographiques qui affectent la Méditerranée orientale pendant la Première Guerre mondiale. L'apparition de la « Turquie nouvelle » favorise l'assujettissement de l'échange culturel franco-turc aux acteurs étatiques. La parenthèse se referme quand la Turquie, intégrant l'alliance atlantique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, importe les références drainées dans le sillage d'un nouveau partage de l'ordre international.

  • Qu'est-ce qu'être astronome au siècle des Lumières ? Comment caractériser ses activités, ses pratiques, ses réseaux et ses insertions institutionnelles ? Cette biographie à plusieurs voix de Jérôme Lalande propose de décrire les espaces sociaux, scientifiques et culturels qui ont façonné son parcours de savant. L'inscription dans le champ astronomique du XVIIIe siècle constitue une première entrée pour saisir une trajectoire scientifique d'abord ancrée dans des institutions prestigieuses de légitimation. Professeur au Collège de France, organisateur d'un réseau informel d'élèves qu'il forme lui-même, Lalande s'est toujours efforcé de construire des places fortes pour pratiquer l'astronomie. La Révolution lui donne l'occasion de mettre en oeuvre ses idéaux organisationnels sous la forme du Bureau des longitudes qu'il imagine en point nodal de l'astronomie française. Le travail épistolaire, indispensable à Lalande pour maintenir son réseau de relations, offre une deuxième entrée pour retracer la trajectoire de l'astronome. Très tôt inséré dans l'espace européen des sciences, Jérôme Lalande use de sa correspondance pour amasser les observations, transmettre des mémoires, affermir ses positions institutionnelles et organiser les controverses. L'implication de Lalande dans les affaires de son temps organise la troisième entrée. La constitution du champ astronomique et la solidification progressive des repères disciplinaires n'empêchent pas un investissement scientifique et technique de Lalande bien au-delà de ses travaux de prédilection. Dissertant sur l'ingénierie hydraulique du Canal du Midi, rédigeant le compte rendu d'un long séjour en Italie ou défendant sa conception particulière de l'athéisme, Jérôme Lalande façonne son époque autant qu'il est façonné par elle.

  • Recoupant d'emblée les champs qui seront ceux de la géographie, de l'ethnographie, de l'histoire et même de la philosophie de l'histoire, fascinée à la fois par l'altérité et par la diversité des peuples et des coutumes, l'Enquête hérodotéenne dialogue sans cesse avec les autres genres et les autres modes de pensée que l'Antiquité nous a légués. Après d'autres travaux, individuels et collectifs, ce recueil d'essais a cherché à cerner les modalités et les enjeux de ce dialogue, mais en y ajoutant celui qui s'est instauré entre Hérodote et ses lecteurs, admiratifs ou critiques, de l'Antiquité jusqu'à nos jours. L'Enquête est donc ici mise en rapport avec l'épopée, la pensée ionienne, le théâtre athénien, mais aussi confrontée à des lectures aussi différentes que celles de Lucien dans l'Antiquité, de Montaigne à la Renaissance et, tout près de nous, de Ryszard Kapu´sci´nski ou de Claude Lévi-Strauss. Qu'il s'agisse des grandes questions anthropologiques posées par tout effort de compréhension et de représentation de l'autre ou des choix narratifs qu'implique toute tentative d'écrire l'histoire, cet éclairage pluriel témoigne de l'actualité sans cesse renouvelée de l'entreprise hérodotéenne.

  • Dans Figures de l'étranger dans la littérature française, l'écrivain et penseur marocain Abdelkebir Khatibi, place Marguerite Duras aux côtés de Segalen, de Jean Genet et de Roland Barthes, de ces écrivains `exotes' qui ont transformé leurs voyages dans les pays lointains en une plongée dans l'étrangeté et en une expérience initiatique riche et féconde qui leur a permis de sortir de leur culture, de libérer leur regard et d'aller à la rencontre de l'autre. C'est peut-être avec Marguerite Duras que cette rencontre va le plus loin, aussi bien pour l'écrivain que pour le lecteur, parce qu'elle n'est pas seulement découverte d'un ailleurs géographique, culturel et/ou mental, mais exploration des zones inconnues et ténébreuses de soi-même.

  • Ce recueil d'articles explore la question de l'engagement dans le roman féminin britannique des xviiie et xixe siècles. Dans une période qui voit l'émergence progressive de l'individu, du sujet politique et de la figure de l'auteur, les femmes continuent d'être perçues et traitées comme des êtres essentiellement inférieurs et leur voix n'est guère entendue. Mais certaines d'entre elles se saisissent du genre nouveau qu'est le roman à l'époque pour s'exprimer. Les romancières engagent alors leur personne, car l'écriture n'est pas sans risque pour leur réputation ou leur survie sociale dans une société patriarcale, et cette menace les amène souvent à adopter des stratégies obliques, voire paradoxales. Cet ouvrage ne vise pas l'exhaustivité, mais il offre un éventail très large de femmes écrivains connues ou moins connues, de la pionnière Mary Wollstonecraft à l'auteure canonique George Eliot, en passant par Sophia Lee, Clara Reeve, Ann Radcliffe, Mary Shelley, Jane Austen, Susan Ferrier, Harriet Martineau, Margracia Loudon, Elizabeth Gaskell, Charlotte et Anne Brontë. Les différentes contributions du recueil permettent de lire comment certaines romancières subvertissent des formes prétendument conservatrices telles que le roman sentimental ou gothique pour donner une image différente de la femme, comment d'autres se servent du roman pour défendre des causes religieuses, sociales, voire politiques, et comment d'autres encore voient dans l'écriture elle-même un engagement, le moyen de s'écrire, de dire le monde ou de le transformer. Ce sont ces romancières engagées qui ont par la suite inspiré bien des femmes écrivains et nourri nombre d'études féministes au-delà des frontières de la sphère anglophone.

  • Artisan des mots, magicien du verbe, l'écrivain brésilien João Guimarães Rosa (1908-1967) a construit une oeuvre monumentale par la singularité de son univers imaginaire. Les contributions réunies dans cet ouvrage, à l'occasion du centenaire de sa naissance, revisitent cette oeuvre ancrée dans l'imaginaire du sertão de Minas Gerais - « un lieu de la taille du monde ». Il constitue un guide indispensable pour le lecteur qui veut s'aventurer à traverser ce territoire imprévisible et fascinant. Les approches critiques plurielles y explorent les thématiques liées aux rapports entre mémoire, territoire et identité, ainsi que le dialogue que son oeuvre instaure avec les traditions littéraire et philosophique ou avec d'autres formes d'expression artistique. Ces études mettent en relief le caractère dense, poétique et pluriel de l'écriture de João Guimarães Rosa qui nourrit ses contes, nouvelles et son roman Diadorim, que Mario Vargas Llosa considère comme « l'une des oeuvres formellement les plus abouties du siècle ».

  • Les textes réunis dans cet ouvrage parlent tous d'espaces en partages et en transactions. Vivre dans un espace suppose de partager cet espace avec d'autres, d'y inscrire des capacités d'agir en faisant avec l'espace de chacun, en subissant les contraintes inhérentes à la présence des autres. Le partage peut aussi bien être la division que l'avoir en commun. Quant à la transaction, elle est opération commerciale aussi bien qu'accord, résultat de concessions et d'arrangements, de tractations, à moins qu'elle ne soit imposition d'autorité comme peut l'être la transaction juridique. Le partage comme la transaction supposent réciprocité. Ils sont action en ce sens où, selon Hannah Arendt, l'action correspond à la condition humaine de la pluralité. Ces textes ont été regroupés en quatre parties thématiques. La première porte sur les mobilités résidentielles ou quotidiennes et permet de creuser la notion de capital spatial. La deuxième réunit des textes qui traitent de la mobilisation de la ressource territoriale et de l'investissement des lieux par des individus ou des entreprises en mouvement. Avec la troisième, nous passons de la négociation au conflit territorial. Enfin, la quatrième traite des marqueurs spatiaux, entre visibilité mise en avant des étudiants rennais, visibilité occultée des SDF à Bordeaux, visibilité pour soi des pieds-noirs et visibilité niée des descendants d'esclaves à Tananarive. Ce livre est l'un des trois ouvrages issus du colloque de Rennes, Espaces et sociétés aujourd'hui, tous publiés dans la collection « Géographie sociale » des PUR.

  • Les tombeaux princiers comptent souvent parmi les chefs-d'oeuvre de l'art. Dans l'Europe de l'époque moderne, ils prolongent la vie terrestre des souverains par une apothéose monumentale. Cette esthétique de la mort, présente dans toutes les civilisations, ne saurait occulter la motivation première de l'entreprise de monumentalisation : celle du faire mémoire. Comme les rituels de funérailles, l'édification d'un tombeau doit s'analyser en termes de stratégie politique. Prenant acte de la grande diversité des monuments funéraires élevés par les princes dans l'Europe du XVIe au XVIIIe siècle, cet ouvrage s'interroge sur les raisons qui les ont fait naître et sur les significations dont ils ont pu être investis. Ainsi sont abordés les rapports entre tombeau et territoire, tombeau et construction lignagère, tombeau et idéologie monarchique, tombeau et état « moderne ». Au fil des siècles se produit une évolution complexe, si ce n'est contradictoire : désinvestissement de l'espace public de l'église au profit de la nécropole, de la crypte, voire de la sépulture individuelle ou privée ; abandon de la sculpture monumentale de la Renaissance pour l'exaspération rhétorique du sarcophage (aire germanique et nordique), voire renonciation au tombeau de corps et valorisation du monument de coeur (les Bourbons). L'art funéraire ne disparaît pas pour autant. Il triomphe dans l'éphémère des catafalques, véritable média de la gloire des princes et de l'idéologie monarchique depuis le XVIe siècle. Ce volume est le deuxième d'une trilogie consacrée aux funérailles princières de l'Europe moderne. Le premier, Le grand théâtre de la mort, s'intéresse aux rituels. Le troisième aborde les commémorations et la perception de la mort des rois par l'opinion publique.

  • Les textes réunis dans ce volume rendent compte de la diversité des questions soulevées par les rapports féminin/masculin, en un temps où la participation des femmes à la vie de la cité est devenue d'une actualité brûlante, où l'analyse renouvelée de la notion d'identité (et d'identité sexuelle) se trouve au coeur des débats philosophiques. Le développement des études féministes a conduit à examiner les représentations de la femme dans la presse, les arts et les lettres ainsi qu'à s'interroger sur les marques du féminin dans l'écriture, questions dont il convenait d'esquisser un bilan quelque trente ans après le tournant décisif pris par les revendications des femmes dans les années soixante-dix. Les articles présentés dans l'ouvrage Féminin/masculin, sélectionnés à la suite du congrès de la Société des anglicistes de l'enseignement supérieur qui s'est tenu à Rennes en mai 1998, permettent d'aborder ces questions à partir d'études précises, qui interrogent spécifiquement les littératures et les cultures anglo-saxonnes.

  • La période 1450-1550 est l'heure de gloire du théâtre médiéval. C'est dans sa fonction polémique que l'on arrive à retrouver son ancrage local ou régional, que l'on arrive à mieux cerner le côté événementiel des représentations, au-delà des questions génériques et typologiques. Si l'on veut déterminer la place de la polémique sur la scène, la seule approche possible paraît bien être un retour aux sources et une évaluation de la représentativité des sources. Ce qui paraît anecdotique (n'oublions pas qu'anecdotique veut dire « inédit ») ou saugrenu n'est pas nécessairement marginal. Cela pose la question du rapport entre les formes et les fonctions. Les articles du présent recueil innovent au sens où ils accordent une place majeure aux contextes plus larges des représentations et, aussi, aux communautés qui se trouvent à la base du fait théâtral. Une chambre de rhétorique du Nord, un puy marial normand, une faction genevoise et une abbaye de jeunesse d'une rue lyonnaise ne sauraient gratuitement être mis sur le même plan. Des sociabilités différentes président à la création et à l'effectivité polémique des représentations. Et le théâtre n'y revêt pas uniquement une fonction récréative, mais connaît d'autres emplois que ceux que nous attribuons aujourd'hui au théâtre. On n'ose presque plus le dire, mais qu'en est-il du théâtre comme moyen d'action ? Quels sont les liens entre le théâtre et l'opinion publique ? C'est pour répondre à de telles questions que l'équipe de recherches sur le théâtre médiéval de l'université d'Amsterdam a invité des spécialistes du monde entier à participer à ce volume collectif.

  • L'acteur fut longtemps un mal-aimé des discours savants sur le cinéma : sa présence semblait un matériau précaire, fuyant, offrant peu de prise à l'analyse et à la théorie. Cependant les temps changent et, grâce aux efforts de nombreux critiques et universitaires, l'acteur s'est imposé au cours des dernières décennies comme objet légitime d'étude et de recherche. C'est de cette évolution qu'a voulu témoigner le colloque « L'acteur de cinéma, approches pluridisciplinaires », organisé à l'automne 2005 au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle, et dont est né le présent volume. Il se compose d'études riches et diverses qui relèvent non seulement de l'histoire et de l'esthétique du cinéma mais aussi de la sociologie, de l'économie, de l'anthropologie, approches multiples qui assurent la vitalité des études cinématographiques contemporaines. On trouvera ici les grands motifs d'une pensée de l'acteur : héritages du théâtre, émotion et distanciation, mise en scène et mise en geste, analyse de la star comme signe culturel. On suivra les aventures du casting ou des retakes, une Dame de Shanghai pouvant en cacher une autre. On verra ce qu'apporte à l'écran français des années trente l'exotisme familier du jeu méridional, et comment nos acteurs nationaux voyagent d'une comédie bien française à son remake hollywoodien. On saura encore ce qui fait la valeur des stars, de l'entreprise Cruise à l'auteur Eastwood, et pourquoi les acteurs sont, autant en terme d'art que d'industrie, les forces vives du cinéma.

  • « Le français, une langue pour réussir », c'est un sujet qui peut surprendre et apparaît comme un paradoxe à l'heure où les échanges européens ou mondiaux imposent le partage des langues sous la domination de l'anglais, c'est un sujet dont le titre résonne comme une question au moment où se développent les communications informatiques, visuelles ou orales qui semblent introduire un langage nouveau, c'est un sujet qui, finalement, s'impose comme un défi : comment la maîtrise de la langue, dans un contexte socio-économique difficile, pourrait-elle permettre la réussite personnelle, sociale ou artistique ? La langue française est-elle bien placée pour cela, en France et dans la Francophonie ? Ce sont les questions que se sont posées les auteurs de cet ouvrage, enseignants, chercheurs, hommes politiques, acteurs du monde économique et social, journalistes, représentants des institutions qui ont participé aux communications, tables rondes, séminaires et débats, sous la présidence de madame Danièle Sallenave, de l'Académie française. Après avoir étudié l'expansion du français dans l'histoire et mesuré ses enjeux contemporains, ils se sont attachés à montrer comment, par la maîtrise de la langue, le français peut devenir un atout pour la vie personnelle, un moyen d'insertion sociale et un facteur de réussite artistique. Véritable réflexion sur les enjeux sociaux et humains des pratiques de la langue française, voilà bien l'escale sans mirages, réaliste et constructive, dans le temps et l'espace, que propose cette sixième étape du voyage au long cours que constituent les Lyriades renouvelées de la langue française.

  • Dans les cités du monde romain, le phénomène de la coexistence entre populations d'origine allogène a pris diverses formes. Quels sont les critères qui régissent la définition des statuts des individus et des communautés par rapport à celui, dominant, des citoyens de la cité ? Comment se concrétise, au quotidien, la coexistence infra-communautaire dans le vécu des relations sociales ? Quelles sont les évidences qui permettent d'identifier et reconnaître les différents groupes sur le terrain ? Cet ouvrage, qui reproduit les Actes du Colloque qui a eu lieu à Valenciennes en octobre 2005, essaie d'apporter des réponses à ces questions, en mettant plus particulièrement l'accent sur les aspects normatifs, la dimension religieuse ainsi que sur les perspectives ouvertes par des découvertes archéologiques récentes en Gaule du Nord. D'un extrême à l'autre d'une échelle chronologique très étendue, des incolae de l'Italie républicaine aux lètes et fédérés barbares de la Gaule du Nord et des Germanies au Bas-Empire, l'attention des auteurs des contributions se porte surtout sur l'Occident, sans exclure, pour autant, dans une approche comparative, certaines réalités assez significatives de l'Orient méditerranéen.

  • La question de la mémoire, devenue un champ de recherche fécond dans l'historiographie française, allemande et anglo-saxonne, est en passe de devenir l'objet d'études importantes en Europe centrale et orientale. Lieu d'affrontement de forces impériales et locales, durablement confronté à la nécessité de reconstruire et repositionner des identités aussi bien individuelles que collectives, l'espace centre et est-européen se présente comme un champ privilégié de questionnements sur les modalités de la constitution d'une culture historique et mémorielle. La mémoire constitue de fait un défi majeur posé aujourd'hui à la fois à la recherche historique, mais plus généralement aussi aux sociétés d'Europe centrale et orientale. Cette question est rendue plus aigüe encore par le contexte actuel de transition postcommuniste, d'intégration européenne et de globalisation, qui posent la question de la révision de la mémoire historique, de sa (re)construction et de la subversion de modèles identitaires. À travers des chapitres thématiques, les auteurs de cet ouvrage collectif abordent la question de l'instrumentalisation de l'histoire et de la mémoire par le pouvoir politique, la construction de lieux de mémoire et leurs représentations et usages, la mémoire dans la construction des identités nationales, mais aussi municipales, régionales et transnationales. Le patrimoine, au niveau local ou régional, fait l'objet d'analyses qui mettent en relief le fonctionnement de ses mises en scène, sans en éluder les omissions. Ces thèmes ont été abordés à partir de différentes perspectives disciplinaires : études germaniques, histoire politique et culturelle, histoire de l'art, slavistique, littérature, sociologie et ethnologie. Placés dans des unités thématiques, les articles proposent une progression chronologique, de l'époque médiévale à la période postcommuniste, en passant par la Seconde Guerre mondiale et les guerres dans l'espace yougoslave des années 1990, à travers des études de cas pris dans l'ensemble de l'espace centre et est-européen. La Croatie, dont la mémoire fait tout particulièrement l'objet d'analyses, fait figure ici de paradigme privilégié, à partir duquel s'offrent des perspectives comparatives.

  • Que n'a-t-on pas encore dit ou écrit sur Louis XIV et son règne ? Le personnage, à l'instar de son siècle, passionne les chercheurs de toutes les disciplines et a fait l'objet de nombreuses études. Pourtant, la personnalité même du souverain conserve des zones d'ombre. Cet ouvrage a pour but d'analyser l'image du Grand Roi - celle qu'il renvoyait à ses contemporains, aux étrangers, mais également celle qu'il pouvait se faire de lui-même -, en s'intéressant plus particulièrement à la dialectique de l'homme public et de l'homme privé. L'objectif premier est de dépasser cette image publique (parfois « fabriquée », selon les termes de Peter Burke) renvoyée par Louis XIV comme roi de France pour mieux saisir l'homme. Grand personnage d'État à la forte personnalité, le roi recourait à tous les moyens de propagande à sa disposition pour construire une image positive qui confinait parfois au mythe. En cinq chapitres seront successivement abordés le métier de roi et la fabrication de l'image royale, le goût de Louis XIV, son image véhiculée par les chroniques et les mémoires, sa contre-image et enfin la reconstruction de son image depuis le XIXe siècle à travers les arts, la littérature et le cinéma.

  • Dans le domaine de la santé, la promotion de l'autonomie prend des formes paradoxales entre les expertises médicales et professionnelles, l'appel à la décision du patient parfois vulnérable, les attentes envers les proches et le contrôle de leurs actions. Les analyses sociologiques proposées questionnent la pluralité et la variabilité des processus en jeu dans les interactions du soin et soulignent les règles institutionnelles et leurs incidences sur les organisations domestiques de santé. Les conventions mobilisées font l'objet de renégociations permanentes dont les désordres apparents occultent la recherche des compromis pour prendre en compte l'altérité des références et des normes propres aux différents participants du soin. La perspective retenue considère les trajectoires de soin lors de l'annonce du diagnostic, de la formulation des traitements et des alternatives thérapeutiques, et selon les modalités suivies pour associer le patient et ses proches aux décisions. Les configurations issues de l'imbrication de ces registres traduisent les rapports sociaux dans la production de santé, les pouvoirs entre expertises et savoirs profanes ainsi que la répartition des activités du soin selon le genre. Les contributions abordent la sociologie de la santé en considérant les contextes organisationnels des soins, entre droits des malades et pouvoirs des institutions, et en analysant l'expérience singulière de la maladie et les négociations avec les proches. Les analyses concernent des parcours ordinaires de santé, des maladies chroniques invalidantes, des situations de handicaps, des pathologies graves et les fins de vie. Les 21 chapitres sont regroupés en quatre parties centrées sur les sujets suivants. Des soins négociés entre droits des malades et construction de la confiance. Les arrangements du soin en situation de handicaps et de vulnérabilité. Les limites des négociations en situation de maladies graves. Les prises de décisions et les accompagnements lors des fins de vie.

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