Ecole Hautes Etudes En Sciences Sociales

  • écrire sa vie, devenir auteur : le témoignage ouvrier depuis 1945 Nouv.

    Tout au long du XXe siècle, des ouvriers et des ouvrières ont écrit sur leurs univers professionnels, sociaux, politiques et intimes, faisant ainsi perdurer une tradition de l'écriture prolétarienne. Ce livre retrace cette expérience à partir de l'étude d'une centaine d'auteurs dont les témoignages ont été publiés, en France, depuis 1945. À travers un ensemble de récits - individuels et collectifs - et une enquête orale, il s'intéresse aux trajectoires des auteurs, à la place de l'écriture dans une vie ouvrière et à son cadre - militant, professionnel, intime -, aux pratiques littéraires diversifiées, aux lieux et aux moments de prise de plume, aux étapes de la composition d'un récit. L'analyse réserve aussi une place à la publication et à la diffusion des témoignages, ainsi qu'aux rencontres et collaborations qu'elles suscitent entre les éditeurs et les auteurs. Ces écrits ne sont pas seulement des récits de vies ouvrières, ils se font également les traces de pratiques et de choix d'écriture, qui interrogent le rapport des écrivains-ouvriers au témoignage et à la littérature. Dépassant le seul ressort militant de l'écriture ouvrière, Éliane Le Port rend compte des identifications multiples à l'oeuvre dans les récits et des manières différenciées de témoigner pour soi et de soi au nom d'une classe sociale.

  • La psychiatrie soviétique passe aujourd'hui pour une spécialité médicale dévoyée qui a servi à réprimer les opposants politiques. Si elle n'est pas fausse, cette image s'avère réductrice. Grégory Dufaud propose dans cet essai une autre perspective. Il montre combien le traitement de la folie a pu être un espace d'initiatives et d'innovations, animé par des psychiatres soucieux de la santé mentale de la population et attentifs à ne pas couper leur spécialité de la pratique médicale.
    Explorant la variété des significations et des usages de la psychiatrie en Union soviétique, il éclaire les rapports complexes qu'elle a entretenus avec le pouvoir politique, ainsi que la vision du progrès scientifique et social qui l'a structurée. Cet ouvrage propose ainsi une histoire des savoirs et des pratiques de la médecine tout en mettant au jour les multiples ressorts de la domination sociale et politique en régime autoritaire.

  • Présenter avec brièveté 100 livres qui, année après année, depuis la Seconde Guerre mondiale, ont marqué de leur empreinte la construction des sciences sociales, en France et à travers le monde : tel est le pari que relève avec succès ce livre.

    Les éditeurs de l'ouvrage ont sollicité certains des meilleurs chercheurs actuels, en France et à l'étranger, pour présenter, à l'attention d'un public de non-spécialistes, l'intérêt et l'argument profond de chacun de ces 100 livres et pour dire son héritage et son actualité pour la recherche d'aujourd'hui. Il en résulte un panorama par défi- nition incomplet et néanmoins suggestif. Il offre une vue renouvelée sur des oeuvres majeures du patrimoine des sciences sociales, comme sur d'autres moins connues du grand public. Mais il permet aussi d'apercevoir d'où viennent ces sciences et de quelle manière elles sont en train d'évoluer, en révélant au passage leur profonde unité, au-delà des divisions disciplinaires auxquelles trop souvent le regard s'arrête.

  • Ou était la Troie homérique et qu'en reste-t-il?
    Seule cette question anime Heinrich Schliemann dans ses autobiographies successives. Entre 1870 et 1890, l'homme d'affaires et archéologue allemand découvre neuf villes superposées sur le site de la Troie homérique.
    S'appuyant sur l'une des figures scientifiques les plus controversées du XIXe siècle, Annick Louis propose ici une généalogie sociale et culturelle d'un nouveau type de savant qui ne se réclame ni d'une tradition intellectuelle ni d'une théorie, mais qui fouille le sol pour prouver une hypothèse. Schliemann devient alors dans cet ouvrage un acteur sociologique, créateur d'une vaste littérature savante et, surtout, autobiographique.

  • Les structures élémentaires de la parenté, thèse d'État soutenue à la Sor- bonne par Lévi-Strauss en 1948 et publiée l'année suivante, renouvelle la perception des systèmes de parenté et d'union, de la place de la famille, de la prohibition de l'inceste et des échanges entre groupes sociaux. Texte majeur, précurseur du structuralisme français et également controversé, cet ouvrage constitue le premier résultat des longues recherches de Lévi- Strauss qui l'ont aussi conduit vers l'analyse des systèmes de classification du langage et de la mythologie.

    L'idée centrale des Structures élémentaires de la parenté tient en quelques phrases.
    L'échange matrimonial, par le lien qu'il instaure et par le renoncement qu'il impose, se trouve au fondement de toute société humaine. Il signale le passage de la nature à la culture ; il est inhérent à l'ordre social. L'ouvrage s'inspire des travaux de l'anthro­ pologie anglo­saxonne et de certains écrits de l'école de L'Année sociologique. Au fil des pages, le lecteur passe des affiliations totémiques des Aborigènes d'Australie à l'étiquette du deuil dans la Chine ancienne, de l'ethnographie des tribus des hautes terres de Birmanie à la féodalité en Europe médiévale ou encore à l'Inde des brahmanes, de la psychologie de l'enfant à la théorie mathématique des groupes.

  • Entre histoire des sciences et histoire de l'édition, Valérie Tesnière retrace une histoire de la publication scientifique et des ressorts du travail intellectuel, de la fin du XVIIIe siècle aux mutations numériques d'aujourd'hui. "Au bureau de la revue" est une adresse figurant sur les revues savantes au XIXe siècle, qui désigne aussi bien la rédaction scientifique que le lieu de diffusion. Le livre interroge le collectif qui se trouve derrière cette expression, ses aspirations et les tensions qui le traversent.
    La revue suscite un large engouement au lendemain de la Révolution française : la vie scientifique se structure désormais autour de la publication. Elément central de la science en construction, la revue traduit le mouvement de la recherche comme sa dimension collective. Auteurs et éditeurs s'allient pour renforcer la diffusion de ce qui devient le support privilégié des échanges du monde académique, donnant naissance à une nouvelle économie de la connaissance.
    Centré sur l'exemple de la production française éclairé par le contexte international, Au bureau de la revue approfondit les rôles des différents acteurs de la chaîne de publication ainsi que les fonctions et les formes éditoriales des publications, actuellement bousculées par le numérique.

  • Dès le XIXe siècle, la science est aux prises avec le développement du capitalisme. Alors qu'elle s'institutionnalise avec la mise en place de chaires universitaires puis de laboratoires de recherche, elle devient un enjeu économique où la question de sa valeur et de son partage a une place centrale. Cet ouvrage retrace comment la propriété scientifique émerge, parallèlement aux progrès de la propriété intellectuelle, pour permettre aux savants de contrôler les fruits de leurs découvertes.

  • Cet ouvrage s'intéresse aux conséquences de Mai 68 dans un domaine où elles ont été peu étudiées, le monde du droit et de la justice. Liora Israël émet l'hypothèse que les évènements de Mai ont eu des effets durables sur le développement de mobilisations contestataires fondées sur le droit. Revenir sur cette histoire récente permet de mieux comprendre les dynamiques actuelles liant droit, justice et politique, qu'il s'agisse des usages militants du droit, ou des formes de tension entre autorités judiciaires et pouvoir politique.

  • Afin de rendre compte de la réalité de leur objet, les sciences sociales ne cessent de poser des questions d'ordre conceptuel. La coopération entre philosophie et sciences sociales suppose ainsi de dégager les problèmes partagés sur l'axe qui relie la théorie à l'expérience. Dans les vingt dernières années, l'oeuvre de Vincent Descombes a joué, en France et à l'étranger, un rôle important dans l'ouverture de cet espace d'échanges. Sociologues, anthropologues, historiens et philosophes s'attachent à montrer dans les textes réunis ici la pertinence de la pensée du philosophe.

  • Comment Staline gouvernait-il l'immense territoire soviétique ? De quelle façon les personnes travaillant sur les grands chantiers industriels conservaient-elles des liens avec leurs proches, parfois situés à des milliers de kilomètres ? A quels moyens l'Etat avait-il recours pour garder ses ordres secrets ?
    Dans un pays qui s'étend sur une dizaine de milliers de kilomètres d'ouest en est et comporte onze fuseaux horaires, Larissa Zakharova nous explique de quelle manière les Soviétiques appréhendaient l'espace dans leurs communications au quotidien durant le XXe siècle soviétique.

  • La religion fait partie des objets classiques de la sociologie tout en étant devenue après les années 1950 une spécialité marginale, marquée par ses liens aussi étroits que tendus avec l'histoire des traditions et l'anthropologie culturelle. Comment ce domaine de recherche particulier s'est-il forgé et transformé, des premières découvertes de Durkheim ou de Weber aux enquêtes récentes sur la sécularisation et la globalisation du monde ?



    Cette enquête nous conduit d'abord au coeur des institutions de la recherche, au fil des histoires nationales et de la vie des laboratoires, avant de découvrir les parcours individuels de chercheurs d'hier et d'aujourd'hui. Pierre Lassave explore ensuite les transmissions qui s'opèrent entre eux, à travers les manuels et dictionnaires, et enfin les différends qui parfois les opposent, allant des controverses publiques aux querelles intimes. S'en dégage, entre autres, le paradoxe d'une communauté de savoir qui résiste au temps malgré les obstacles épistémiques, académiques et politiques récurrents. Ce livre constitue ainsi une introduction savante et stimulante aux problèmes religieux contemporains.

  • Certains savants voient la science comme une histoire qui s'arrête aux portes des laboratoires. D'autres passent journées et soirées à promouvoir auprès des citoyens l'« esprit scientifique », considérant que la science n'est pas seulement une profession mais le pilier d'un espace public reposant sur la vérité. Cet ouvrage propose une socio-histoire des organisations rationalistes françaises depuis les années 1930. Il analyse l'engagement en politique de savants ou de citoyens ordinaires au nom de la raison.

    À partir d'archives de l'Union rationaliste, de l'Association française pour l'Information scientifique et de l'analyse de la production des Cercles Zététiques, cet ouvrage entend rendre compte des conditions de possibilité d'un engagement public au nom de la science. Même si les organisations rationalistes décrites dans cet ouvrage semblent rarement dépasser le millier d'adhérents, elles constituent un objet sociologique qui permet de poser des questions inversement plus larges que celles que leur taille ou leur relative confidentialité pourraient laisser supposer. Elles donnent à voir sous quelles conditions et par quels processus la « vérité » ou la « défense de la science » peuvent être durablement érigées en argument politique et mobilisées dans l'espace public par les amateurs de science ou par les savants eux-mêmes.

  • Cet ouvrage propose une plongée dans le formidable bouillonnement intellectuel et civique de la Russie à l'époque de la perestroïka et de la fin de la guerre froide, alors que les libéraux soviétiques mettent le pays sur la voie de la démocratisation. Il témoigne du tragique paradoxe de ces individus qui, en choisissant de soutenir la concentration des pouvoirs dans les mains d'un réformateur éclairé, ont eux-mêmes contribué à miner leur projet politique. Sans tomber dans les théories du complot ou dans la dénonciation d'un quelconque atavisme russe, l'auteur replace l'histoire dans la perspective morale de ces libéraux, pour qui l'établissement de la démocratie requiert l'inculcation de valeurs particulières.
    Dans une brillante analyse croisée entre science politique et philosophie, il présente la pensée d'un groupe d'intellectuels soviétiques particulièrement influent et les débats qu'ils ont entretenus avec leurs homologues libéraux et leurs adversaires nationalistes et communistes. Ce faisant, l'ouvrage apporte un éclairage neuf sur la genèse intellectuelle et politique de la Russie contemporaine et sur l'échec de sa transition démocratique.

  • Consacré à l'économie, la société et les mentalités dans l'Empire ottoman du xvi e au xviii e siècle, cet ouvrage montre un empire qui a profondément marqué les territoires qu'il a dominés pendant plusieurs siècles, de l'Algérie à la Crimée, du Danube à la mer Rouge. Les travaux de Gilles Veinstein constituent une remarquable introduction à ce monde encore méconnu dont la construction politique et sociale eut avec l'Europe une longue histoire commune.

    Publiés entre 1978 et 2009, les treize textes rassemblés dans ce recueil sont le pro- duit de la réflexion d'un historien qui a étudié l'Empire ottoman de l'âge classique aux questionnements contemporains. À partir d'interrogations précises et de cas concrets, cet ouvrage nous permet de mieux comprendre sur quoi se fonde l'histoire des Ottomans, comment leur État, leur économie et leur société ont évolué, quels étaient les rapports de pouvoir et les relations entre communautés ; en somme, comment définir le fait ottoman et ses spécificités. Aux mythes qui obscurcissent souvent notre vision, Gilles Veinstein oppose des connaissances bien établies et des conclusions fondées sur une fréquentation intime de la réalité ottomane.

  • À l'étude de l'émergence d'une discipline nouvelle, l'histoire de la philosophie, ce livre propose un voyage dans les sciences de la culture, un monde qui s'est formé au xviii e siècle et s'est stabilisé au siècle suivant. L'auteure met en lumière un aspect souvent négligé par l'histoire des sciences philosophiques : la dimen- sion éminemment politique de l'histoire de la philosophie.

    L'histoire de la philosophie a contribué à la fabrication de l'imaginaire occidental moderne. À partir des Lumières, les historiens de la philosophie ont pensé l'Europe comme le territoire exclusif de la rationalité analytique et réflexive, proposant par là ce que l'auteure appelle une coloniasation du passé. Engendré par les révolutions scientifiques et sociales du xvii e siècle, l'Européen serait le seul homme capable de s'autodéterminer librement au moyen de sa raison, et le premier qui ait su douter de lui-même. À l'âge moderne, ethnologues, linguistes, historiens et surtout historiens de la philosophie identifiaient en effet d'autres « cultures ». Ils les démarquaient de l'Occident pour en faire les terrains d'études empiriques, faisant aussi l'objet d'une colonisation savante. Ce livre propose à la fois une histoire interdisciplinaire de l'his- toire de la philosophie et une enquête sur la construction de l'imaginaire scientifique en Occident. Il contribue aux débats actuels relatifs au cultural turn et aux découpes académiques du monde en aires culturelles.

  • En naviguant dans les archives coloniales, on découvre ce qui a fait de l'allai- tement un enjeu à certains moments et pas à d'autres, ou des garderies une question raciale sensible, ce qui a érigé certaines choses au rang d'« événe- ment », et tout ce qui a animé le débat public. Ce livre porte sur la force de l'écriture émanant des documents sur la gouvernance et la dimension affective des traces écrites de la vie coloniale. En étudiant les archives coloniales des Pays-Bas des années 1830 aux années 1930, Ann L. Stoler pose la question de ce que l'on peut apprendre de la nature du régime impérial et des dispositions que celui-ci a engendrées à partir des formes d'écriture qui l'organisaient.

    Les administrations coloniales étaient de prolifiques productrices de catégories sociales. Cet ouvrage en dresse la liste, mais s'intéresse moins à la taxinomie qu'au caractère incertain des documents et des sensibilités qu'ils expriment. Les archives coloniales des Pays-Bas sont appréhendées comme des récits de l'histoire coloniale, mais avant tout comme génératrices de leur propre histoire. Ce qui a par exemple été écrit dans les marges des archives, en oblique des prescriptions officielles, a produit un appareil administratif tout en ouvrant sur un espace plus large. Ces archives ne sont pas seulement des récits d'actions ou le relevé de ce que les gens croyaient qu'il se passait. Elles sont l'enregistrement du doute quant à la manière dont les gens imaginaient pouvoir établir une correspondance entre les catégories de la domination et un monde impérial en mutation.

  • Dans de nombreux pays, la « vie chère » occupe aujourd'hui une place centrale dans les difficultés matérielles et les sentiments d'injustice ressentis au quotidien par les classes populaires. Au Burkina Faso, l'augmentation du prix des biens de consommation courante a suscité des mobilisations parfois violentes depuis le début des années 2000. Elle alimente également un mécontentement diffus à l'encontre des autorités jugées responsables, comme si personne ne pouvait sérieusement croire que les prix résultaient du libre jeu de l'offre et de la demande. À partir d'une longue enquête menée dans les quartiers populaires de villes burkinabè, ce livre aborde un phénomène peu étudié : la place croissante des prix dans l'expression contemporaine de la colère populaire. Car au-delà de ce pays ouest-africain, il s'agit de proposer une réflexion plus générale sur l'évolution des modes de gouvernement et de leurs contestations à l'ère néolibérale.

  • À Buenos Aires, les premiers bidonvilles remontent aux années 1930 et se sont depuis multipliés suivant les vagues d'arrivées de migrants. Dans The Moral Power of Money, publié aux presses de l'université Stanford en 2017, Ariel Wilkis tente de comprendre l'influence du néolibéralisme sur la politique menée dans les quartiers pauvres de la capitale argentine. À la fois ethnographie du pouvoir et de la politique dans un milieu pauvre, et essai sur les multiples significations de l'argent, cette traduction inédite développe le concept de « capital moral », en montrant que les transactions monétaires sont façonnées par les croyances morales de ceux qui en profitent.

  • La question des origines est une préoccupation majeure du XIXe et du premier XXe siècles, notamment dans les sciences. Cet ouvrage en reconstitue un aspect méconnu : la prolifération d'auteurs de théories cosmogoniques décrivant scientifiquement les origines du monde en France durant le second XIXe siècle et jusqu'aux années 1920. Plus qu'une « simple » entreprise d'érudition, Volny Fages propose ici une relecture, par ses marges, de l'histoire sociale des sciences durant cette période, analysant les pratiques, réseaux et trajectoires d'acteurs jusqu'ici restés dans l'ombre.

    Volny Fages étudie dans cet ouvrage la grande diversité d'auteurs ayant proposé des mécanismes de formation du système solaire, de la Terre, des étoiles ou des nébuleuses cosmiques. Il décrit les dispositifs qui fabriquent, au sein des institutions et à leurs périphéries, des frontières d'autorité savante possédant des dimensions intellectuelles mais également sociales et politiques. En éclairant des recoins peu explorés de l'activité savante, l'auteur décale notre regard et renouvelle notre compréhension du processus de professionnalisation des sciences en cours à cette époque, montrant notamment les tensions, les résistances qu'il rencontre, en particulier chez certaines élites sociales.

  • Au-delà des vives discussions sur la « théologie politique » qui caractérisent la conjoncture philosophique et historiographique depuis le début des années 1980, aujourd'hui l'accroissement des traductions françaises de l'oeuvre d'Erik Peterson (1890-1960) rend nécessaire une première présentation d'en- semble dans le monde francophone.

    En présentant un Erik Peterson français, cet ouvrage ne fait pas doublon avec les nom- breuses études qui lui sont consacrées en Allemagne et en Italie. Ainsi, les aspects les plus classiques, comme le célèbre Monothéisme comme problème politique (1935), sont introduits mais également des versants plus inédits, tels que ses cours universitaires ou son importante activité d'exégète. Le lecteur retrouvera aussi le texte intégral de plusieurs contributions importantes d'Erik Peterson, soit jamais traduites jusqu'ici comme c'est le cas de sa correspondance avec Karl Barth, soit dans des versions ayant circulé dans les années 1950 et largement oubliées depuis.
    Ce livre souligne l'importance d'un auteur et les modalités de sa réception extra- germanique, avec ses périodes de succès et d'oubli. Il contribue ainsi au débat sur la construction de l'espace politique, en documentant une lecture majeure de son archéologie ecclésiale.

  • Cet ouvrage regroupe treize contributions sur la croissance agricole européenne (xvi e -xx e siècles). À travers les cas allemand, danois, espagnol, italien, suisse, néerlandais, belge et français, il offre aux lecteurs une multiplicité d'approches et de questionnements, et permet ainsi de réinterroger la notion de croissance agricole sur une période couvrant cinq siècles.

    Histoire rurale de l'Europe peut se lire comme une critique des modèles historiogra- phiques canoniques qui présupposent la supériorité du modèle de développement capitaliste anglais. Les différentes contributions démontrent que pour rendre compte de la croissance agricole, il est nécessaire de dépasser cette grille de lecture ancienne et de tenir compte de la croissance démographique, des contraintes environnemen- tales, des effets de la demande urbaine, des courants d'échange internationaux et des évolutions institutionnelles propres à chaque système agraire.
    Au-delà du thème de la croissance agricole, ce livre montre ainsi que les études rurales européennes sont ouvertes à tous les horizons de la recherche historique : histoire sociale et économique, histoire de la famille, démographie historique, mais aussi plus récemment, histoire des sciences et des réseaux et histoire de l'environnement.

  • Que voit un voyageur quand il visite un Nouveau Monde déjà saturé de commentaires ? Que saisit un savant invité par ses pairs de la science élaborée dans un autre pays ? Le séjour de Maurice Halbwachs à l'université de Chicago à l'automne 1930 répond à ces questions et constitue de ce double point de vue une expérience fascinante.
    Ces Ecrits d'Amérique regroupent pour la première fois l'ensemble des archives, abondantes et largement inédites, de ce voyage du sociologue français. De l'homme, on découvre une correspondance quasi quotidienne avec son épouse restée en France, où sont relatées ses rencontres à l'université, ses longues promenandes dans la ville, ses impressions et réflexions sur un pays "je ne sais quoi de plus riche et plus libre".
    Du voyageur, on lit une chronique anonyme publiée dans un grand quotidien républicain lyonnais, Le Progrès, où est donnée l'image d'une Amérique assimilant ses immigrants mais déchirée par le problème noir et qui ne peut exister comme nation qu'en obtenant de chacun l'oubli de ses origines et le conformisme le plus strict. Du savant enfin, on revisite de grands articles scientifiques sur les budgets des familles ouvrières américaines et sur Chicago, métropole à la croissance fulgurante.
    Une question sous-tend ces textes : la théorie que Halbawachs avait bâtie sur les classes sociales, et particulièrement sur la classe ouvrière, résiste-t-elle à la double épreuve de l'abondance économique et de la "diversité des types et genres de vie ethniques" ? Les écrits d'Amérique permettent d'observer de façon quasiment ethnographique les rapports entre l'homme privé et le savant.

    Ils prennent ainsi la valeur d'archives de la sociologie de Maurice Halbwachs et en rendent possibles de nouvelles lectures.

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